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La petite maison dans la banlieue

Le mois où je suis retournée à la fac

26 Novembre 2018, 21:50pm

Publié par lapetitemaison

Le mois où je suis retournée à la fac

Fin novembre, comme le temps file. Mais pour mon inexcusable silence ici, j'ai néanmoins un début d'excuse : en novembre, je suis retournée à la fac. De l'autre côté de la salle, côté intervenant. Dans un master de journalisme d'une université francilienne. Pour présenter mon métier, souvent méconnu des étudiants (moi-même, d'ailleurs, je ne savais même pas qu'il existait avant d'en exercer la fonction en journal école, c'est dire). Mais comment me suis-je retrouvée à errer, dans un couloir anonyme, un matin de novembre ?

Début juillet, début des vacances. Ma bonne fée boulot me signale une annonce qu'elle a vu passer sur un réseau social professionnel. On recherche un SR (aka secrétaire de rédaction) pour intervenir auprès d'étudiants de M1. Je rédige un beau mail de motivation, y joint mon CV. Bingo : le jour de mon anniversaire (chouette cadeau), la secrétaire pédagogique du master me demande si je suis disponible pour animer un atelier début novembre ? Seule condition, du point de vue des RH : avoir un employeur principal ou un bilan d'auto-entrepreneur. Chance : je ne suis pas encore licenciée, et j'espère que ce sera encore le cas en novembre. [Edit : ce n'est toujours pas le cas, et pas au mieux avant fin janvier. C'est long à négocier, un PSE, même avec les nouvelles lois Travail, quand il est mal ficelé dès le départ].

Septembre. L'université me renvoie tout un dossier administratif à remplir et à renvoyer au format électronique – on est au 21e siècle, tout de même. Seul me manque le code Mozart, plus personne ne répond à mes mails, cela attendra novembre et la rencontre avec la secrétaire pédagogique. C'était comme ça qu'on faisait au 20e siècle pour résoudre ses problèmes au secrétariat de l'UFR d'histoire, pas de raison que cela ait changé.

Personne ne répond à mes questions sur le fond des cours attendus par les étudiants de M2, ce qui commence à m'inquiéter. J'ai 12 heures à remplir, et ma petite vie professionnelle ne suffira pas à les occuper. Je finis par contacter sur le réseau social celle qui avait publié l'annonce, en lui signalant que je pars toutes les vacances de la Toussaint, sans pouvoir être joignable. 

Octobre. Je reçois la semaine avant notre départ (où je suis pas mal occupée par les préparatifs des valises) les indications pédagogiques. Enfin. Ma structure de cours n'était pas très éloignée, ouf. Mais j'ai prévu de ne pas emporter mon support de cours en vacances – pour la simple et bonne raison que je n'y toucherai pas –, cela veut dire que le week-end de retour des Antilles sera forcément studieux. 

Novembre. Comme il y a vingt ans, je pars à la fac en ayant bachoté tard la veille mon cours (qui est à moitié en friches, mais il me reste lundi après-midi au bureau, lundi soir, mardi aprem pour terminer mes séances de mercredi et jeudi). Niveau orga, je suis au top. "T'inquiète, me disent mes copines d'école. Tu te souviens pas des intervenants qui déboulaient sans rien avoir préparé ? De X qui avait fait une session SR en mâchonnant un bâtonnet de réglisse et nous avait fait vaguement couper un texte ?" 

Le premier jour, je sens ma douzaine d'élèves pas super concentrés. La moitié entre et sort sans me calculer, l'autre écoute d'une oreille plus ou moins attentive. J'annonce le menu de la semaine : ils se montrent intéressés par la session de travail sur les titres des papiers et ouvrent des yeux de chaton affolés quand je parle de les faire travailler tout jeudi matin sur un ensemble texte et photos pour me préparer une mise en scène de l'information. 

Le deuxième jour, j'arrive avec toutes mes supports de cours (merci la photocopie du bureau), et on passe à la pratique, tout doux. Un, deux exercices… J'ai oublié combien de temps cela pouvait prendre à des personnes peu entraînées. B., la responsable pédagogique, m'attrape dans le couloir, pour me parler notes et grille de notation. Il y a du boulot, beaucoup de corrections, ce qui m'occupera tard dans la nuit (sans compter ces supports de cours à fignoler). J'avais commencé à noter les exercices, en découvrant la difficulté du barême et de l'harmonisation des notes au global, en étalant toutes mes copies au pied de mon bureau. Niveau orga, c'est pas encore ça.

Le troisième jour, session titraille. Je me suis amusée à photocopier des doubles en cachant les titres et les chapos : à eux d'en réécrire. Et là, pendant que je rappelle la structuration de l'article, le lien titre-chapo, l'importance de soigner la titraille pour tenir son lecteur par la main du début à la fin, le miracle se fait : ils écoutent. Tous. Ils ont lâché leurs smartphones et l'écran de leurs ordis. Et ils seront super concentrés, très créatifs. Ils se sont bien amusés, et moi aussi. 

Le quatrième jour, j'ai revu mon évaluation finale à la baisse. Pas de montage de portfolio sur In Design – je ne suis pas là pour leur apprendre le maniement du logiciel. Ils auront un article très long à éditer. A la sortie du cours, B., la responsable multimédia, celle qui avait passé la petite annonce, me demande si je peux repasser le lendemain rencontrer le directeur du master. Entretemps j'ai récupéré le code Mozart, devenu Saghe, avec le changement de logiciel de comptabilité, ce qui me permettra d'être payée un jour en 2019. 

Cinquième jour, retour sur expérience et plans sur la comète. J'ai rapporté les copies de l'évaluation finale, avec mes corrections. Il me manque encore deux copies d'élèves absents pour finaliser mon tableau Excel de notations et d'appréciations. Avec le directeur du master, nous passons en revue un à un chaque élève, sa connaissance des forces et des faiblesses de chacun m'épate, il a visiblement à cœur de leur proposer une insertion quasi cousue main. Si l'occasion se présente, je reviendrai, plutôt en première année, ou sur des magazines école, pour montrer mon métier dans le concret. 

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