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La petite maison dans la banlieue

Articles avec #petits ennuis

Vendredi noir

15 Novembre 2015, 22:57pm

Publié par lapetitemaison

Vendredi noir

Vendredi soir, je me réjouissais d'aller fêter la "libération" de mes anciennes collègues, Millux et PPS (avec qui j'ai travaillé ce printemps-été dans des conditions assez rock'n'roll), c'était prévu depuis 15 jours. Au déjeuner, Millux m'avait dit : "tu verras, c'est génial, c'est à dix minutes à pieds de ton taf". J'ai donc terminé mon taf, suis partie en faisant un crochet par Maturalia (pour trouver du savon de Marseille pour faire ma lessive) et une bouteille de cidre bio (il n'y avait pas de champagne bio). J'ai traversé le 9e et le 10e, en passant par des rues poétiques : "Papillon", "bleue", "paradis", pour arriver enfin dans celle de Millux, monter les 5 étages à pieds.

S'en est suivie une soirée ordinaire, avec des ex-collègues de différentes boîtes, des amis de longue date, autour de chips aux légumes, de hoummos et de beignets et de jus de baboab (c'est délicieux, vraiment !) confectionnés par Yacine et Mariam, et du champagne quand même. Jusqu'aux alertes sur les portables. Annonçant l'inimaginable : des fusillades, oui, c'est le premier mot qui a surgi, des fusillades dans l'arrondissement même où nous nous trouvions. Dans des cafés et des restaurants fréquentés par nos hôtes et leurs amis.

Avec le recul, les terroristes auraient détesté cette soirée, qui nous étions : des juifs, des musulmanes, des cathos et des athées réunis dans une même pièce, autour d'un repas commun (fût-il constitué de beaucoup d'alcool et de chips), écoutant de la musique, dansant même, fumant des cigarettes, riant aux éclats.

A ce moment-là, on ne comprend pas tout. Que le danger est proche, les terroristes seraient en scooter, armés. Ils opèrent dans plusieurs endroits à la fois, cela devient terrifiant. Je crois avoir dit que c'était le point Gorafi de la soirée : une info tellement incroyable qui te tombe sur la gueule que tu ne la comprend pas. Nos amies sénégalaises sont déjà reparties en banlieue, on leur demande par SMS si elles sont bien rentrées. On se connecte sur le site de BFM TV, sur Twittter, en pros, on critique le commentaire du mec, sérieusement, "badauds" ?! On a un peu bu, on a peur, peur des nouvelles qu'on va entendre. Cela devient n'importe quoi. Des amis, qui ont garé leur voiture gare du Nord au parking, décident de rentrer en banlieue sud, on les regarde partir un peu inquiets. On décide de ne pas sortir.

Je décide de ne pas rentrer, j'appelle le Capitaine (qui était, Dieu merci, resté garder les enfants. Je n'imagine pas s'il avait fallu demander à un baby sitter de rester toute la nuit avec les enfants en attendant notre retour) pour lui dire qu'en l'état des choses, je reste à Paris. J'ai bêtement mis une robe (il fait si doux en ce moment), je ne me sens pas de rentrer à pied jusqu'à St Laz. J'ai la trouille, voilà, et la nuit est menaçante. Un tour sur Twitter m'informe qu'il y a plus de train à St Lazare. Et mes dernières mésaventures avec des taxis détestables en juillet ne me donnent vraiment pas envie d'en chercher précisément ce soir.

Je n'appelle pas ma mère. Pas envie de la stresser, ni de me faire engueuler. Tout va bien, on est dans le 10e, certes, mais au 5e étage d'un immeuble. Donc on se calme (un peu). Mais mon frère m'appelle, en m'enjoignant de ne pas bouger, d'une voix si grave que j'obéis. Pendant ce temps, le site de BFM a buggé, nos hôtes n'arrivent pas à brancher la télé (bah ouais, plus personne n'a de télé aujourd'hui), donc on finit par écouter le site de France Info en direct en mode Radio Londres. On parle d'état d'urgence. Mais ça veut dire quoi, au fait, quand tu as appris rapidos en cours que l'état d'urgence, c'était pendant les "évènements" en Algérie (1955-1962) ? Wikipedia a déjà mis la fiche à jour, c'est glaçant. Visages graves, défaits. Plus personne n'a envie de rigoler. On pense à ceux qui sont au Bataclan. Je ne réalise pas encore que mon frère y était pile il y a 8 jours pour voir K'sChoice.

Je découvre avec stupeur que Facebook me propose, parce que je suis dans une zone d'attentat (sic) de préciser si je vais bien ou pas. Je refuse de répondre, mais je suis rassurée de voir que mes copains d'école un à un signalent qu'ils vont bien. J'ai trop peur qu'un ancien élève de mon école de journalisme figure parmi les victimes. Ce sera le cas. Dieu merci, mes beaufs n'étaient pas au Stade de France. Ceux qui vivent à l'étranger sont vissés devant leur télé, on échange par Whatsapp.

On finit par aller se coucher vers 3 heures, après répartition des couchages dans l'appartement : le couple invité dans le lit double, le stagiaire par terre sur des coussins, moi sur le canapé. J'ai clairement passé l'âge des soirées impromptues avec un plaid sur canapé. Je ne dors pas de la nuit ou d'un demi-œil, jusqu'à avoir Mimoufle, le chat de la maison qui me saute sur le visage. Je ne dors pas parce que tout ce que je veux, c'est être à la maison auprès des miens, pas dans cette ville qui suinte la peur, avec le ballet des ambulances qui filent vers la Pitié-Salpêtrière.

À 7 h 30, je m'habille (Millux ayant gentiment fourni un pyjama dans lequel j'étais bien boudinée puisqu'elle fait au moins deux tailles de moins que moi), je récupère tant bien que mal mon manteau, mon sac de courses, et je pars dans des rues désertes, à part des nuages de pigeons qui s'envolent (et je déteste ces oiseaux). Je finis par descendre dans le métro à Bonne nouvelle. 4 arrêts jusqu'à Saint Lazare, c'est rien, mais après une nuit blanche, c'est très long. La RATP parle d'un "incident sur la voie publique" ?! Pour parler d'une nuit de cauchemar.

À 8 h 15, je suis à la maison, après avoir traversé une gare St Lazare déserte où je n'ai croisé qu'une patrouille de trois soldats. Juste le temps de me coucher l'air de rien pour ne pas affoler les enfants. Enfants que j'informe très vite. Après tout, ils avaient appris en janvier les mauvaises nouvelles en même temps que moi, puisque c'était un mercredi et que nous déjeunions ensemble avant d'aller à l'escrime quand j'avais vu la nouvelle tomber sur Twitter. Ensuite, nous avions entendu les hélicoptères survoler notre banlieue et suivi la traque des frères Kouachi pendant deux jours. Je ne voyais pas pourquoi leur cacher les raisons de notre inquiétude. Je leur ai donc expliqué au petit-déjeuner que cette nuit, des gens méchants ("des terroristes ?" a dit Asparagus) ont tué des gens dans Paris, pas loin de là où je me trouvais, parce qu'ils aimaient se retrouver dans des cafés et des restaurants et écouter de la musique, et que cela ne leur plaisaient pas. Asparagus a dit : "mais on a pas tous les mêmes goûts ! Pourquoi ils les ont pas laissé tranquille ?"

Je finis par avoir ma mère au téléphone, me faire gronder (comme prévu) : Quoi ?! Tu étais dans le 10e ?! Quoi ?! MonFils était au Bataclan vendredi dernier ?!

À 11 heures, j'apprends qu'un ami de mon frère est à Bichat - qui était avec lui au Bataclan huit jours avant pour écouter K's Choice avec d'autres. Touché à l'abdomen, entre la vie et la mort. Lui qui est l'un des gars les plus gentils que j'ai rencontré, serviable, toujours de bon poil, que je croise à chaque anniversaire-surprise-pas-surprise de ma belle-soeur autour d'une bière. Depuis samedi, nous le portons dans nos prières. Asparagus m'a dit : "c'est la première fois qu'on connaît quelqu'un qui est blessé dans les attentats". Nimbus a dit : "ceux qui ont fait ça, j'ai envie de les ratatiner". Je n'ai pas précisé que ce n'était plus possible puisqu'ils s'étaient auto-ratatinés.

Je passe la matinée à me faire servir des faux cafés par Colombine, à dévorer des montagnes de faux gâteaux. On allait zapper les rendez-vous chez l'ophtalmo qu'on attend depuis deux mois avec tout ça. Le Capitaine reviendra une première fois (oubli de portefeuille), puis une deuxième (oubli de l'ordonnance chez le docteur), on est mal réveillés.

Je zone sur Twitter ( pas bien), à voir des avis de recherche se transformer en avis de décès. A voir des visages qui ressemblent à ceux de mes amis, de ma famille, de nos baby sitters. Des jeunes, beaux, de différentes nationalités, éduqués, souriants, vivants. Jusqu'à la nausée. J'écoute, stupéfaite, le message de revendication, enregistré, avec cet hymne semi groovy, hypnotique, de presque 3 minutes. Les mots. "Celle qui porte la bannière de la croix". "Capitale de la perversion". "Les rues malodorantes de Paris"."Le début de la tempête". G, catastrophée, me rappelle la folie de ces hommes endoctrinés, comme dans "Le Destin" de Youssef Chahine.

Samedi soir, j'ai rallumé ma lanterne, que j'avais allumée pour la première fois sur notre perron quand notre ancien aumônier scout avait été pris en otage par Boko Haram au Cameroun en 2013. Beaucoup trop de soirs où je l'ai allumée. Et encore combien à venir ?

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La détox numérique malgré moi

9 Novembre 2015, 21:03pm

Publié par lapetitemaison

La détox numérique malgré moi

Aujourd'hui, je suis partie à la bourre déposer les enfants – c'est-à-dire qu'à 7 h 30 j'étais encore en train de tenter de coiffer Colombine avec les trois élastiques survivants de la rentrée et de lui faire des couettes, ce qui n'est précisément pas un de mes talents. Pour un départ à 7 h 45, quand je dis départ, c'est tous dans la voiture, chaussés-habillés-cartables faits-boîtes-à-goûter-remplies.

7 h 46 : je sors la voiture en grognant "j'ai dit on se tait quand maman fait une manœuvre, on discutera sur la route, okay ?" [notre rue est très étroite. Et encore, même en le disant cela reste un euphémisme. Ne me demandez pas comment on y rentre le minibus. Pour ma part, je crée – on peut parler de création, à ce stade – un paysage en mouvements sur les portières. Bref, je les raye une fois par an minimum.]

8 h 11 : je dépose les garçons au dépose-minute (soit une rue adjacente au grand boulevard sur lequel est situé leur école). On a battu des records de vitesse ce matin, on voit que certains font le pont du 11 novembre.

8 h 30 : on gare (enfin je gare) la voiture avec Colombine, puis nous partons à vélo à la crèche.

8 h 45 : j'arrive à la gare, il y a encore plein de place pour mon vélo, chouette, on voit que certains font le pont du 11 novembre (bis). Je vais même pouvoir attraper le train de 9 h (en plus ce matin, miraculeusement, aucun problème de circulation n'est à déplorer). Je me dis que je vais envoyer un SMS au Capitaine pour lui dire que ce matin, malgré un départ à la bourre de chez bourre, on a battu des rec... Ben alors... Où est... Merde, merde, merde. [ Oui, bon, ça va. Mon portable, ce n'est pas juste un téléphone : c'est mon annuaire perso/pro/home front ; mon appareil photo de poche ; ma station météo ; mon réceptable nomade de mails, SMS, etc. Et encore, j'ai un fonctionnement très primaire : je ne l'utilise pas comme transistor – je suis traumatisée par un article de Télérama sur les ravages des écouteurs et de la surdité –, ni comme agenda – je ne retiens rien si je ne réécris pas moi-même –, et n'ai pas mille applis dessus : les mises à jour successives du système me bouffent toute la mémoire].

9 heures : Heureusement, le train arrive. Et je trouve un exemplaire de 20 minutes du jour même. Par-fait.

9 h 15 : En plus, c'est un spécial James Bond, donc au passage j'apprends des trucs.

9 h 20 : Arrivée à St Lazare. Généralement, le matin, je profite de mes dix minutes de marche à pied pour passer un coup de fil. Pas tous les jours non plus. Comme j'ai spécialement les mains libres, j'observe le paysage encore plus avidement que d'habitude. Je ferai bien une ph... Ha ha ha. Oh wait. Mon téléphone est à la maison. Enfin mon appareil photo de poche.

9 h 40 : J'arrive au bureau. Bon, au moins, pour les mails, je suis sauvée. Mail au Capitaine : "j'ai oublié mon téléphone. En cas d'urgence de chez urgence, tu peux me joindre au 01........". Statut Facebook pour prévenir le reste du monde (et spécialement Grand-maman, qui a certainement déjà essayé de me joindre au moins une fois).

10 h : J'ai les doigts qui semi papillonnent dans le vide.

10 h 30 : en plus c'est l'anniv de ma frangine. Je peux pas l'appeler de mon poste, dans l'open space, ça craint. Bon, je vais sauver les meubles avec un mail. Et ce soir, je suis sûre qu'ils vont au resto, ou que si j'appelle à 20 h, mon beauf va râler parce que j'appelle pendant le dîner (le Capitaine fait de même de l'autre côté de la ligne. Il paraît qu'on s'appelle tout le temps et qu'on reste une heure au téléphone. Ce qui est strictement faux).

10 h 45 : réponse du Capitaine : "oui, j'ai vu que tu l'avais oublié, je l'ai mis sur la table de la salle à manger". Sauf que je ne suis pas rentrée dans la maison...

11 h 30 : pétard, c'est évidemment le seul jour où j'ai laissé mon portable qu'une jeune fille avec des horaires disponibles répond à mes SOS pour nos soucis de sortie d'écoles/de crèche.

12 h 45 : au bureau, je survis très bien sans téléphone.

15 h : en fait, c'est très reposant, je devrais l'oublier plus souvent.

17 h : Je pars chercher Nimbus pour sa séance d'orthophonie. Heureusement que j'ai repéré le chemin vendredi pour la première séance et qu'il n'y a pas de code pour la porte (cela dit, je l'aurais sans doute noté dans mon agenda papier). J'espère qu'elle n'a pas cherché à me joindre pour annuler la séance, j'espère qu'elle n'a pas cherché à me joindre pour annuler la séance, j'espère qu'elle n'a pas cherché à me joindre pour annuler la séance (ad lib).

17 h 30 : je me félicite d'avoir prévenu hier la baby-sitter du lundi soir qu'elle n'aurait que Titouan à récupérer. Bon, j'aurais pu retrouver ses coordonnées et la rappeller, mais cela aurait été très fastidieux.

17 h 45 : la séance n'a pas été annulée et nous poireautons dans la salle d'attente, Nimbus et moi. "Tu prends une photo de mes oiseaux ?" [qu'il a fait en assemblant des Plus] "Ben non, j'ai oublié mon téléphone".

18 h 30 : je suis tellement absorbée par les magazines d'il y a deux ans que je n'ai pas vu l'orthophoniste rentrer dans la salle d'attente.

19 h : dans le bus, pour échapper à la lecture, Nimbus me demande : "Tu peux me montrer des photos ?" "Ben non, mon chou, il est à la maison".

19 h 30 : je retrouve mon Précieux. Je n'ai pas loupé grand-chose (mais j'avais bien un coup de fil de ma maman à 9 h 50 !). Et j'ai survécu !

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Pour solde de tout compte (épisode 2/2)

2 Février 2015, 17:07pm

Publié par lapetitemaison

Pour solde de tout compte (épisode 2/2)

Six mois de bras de fer, c’est long. Et ça en valait la peine ? Oui, mille fois oui. Reprenons au mois de juin 2014. J’ai envoyé ma lettre, Chef ne nous reçoit plus, ma collègue et moi, qu’en présence de son adjointe, histoire d’éviter tout fâcheux débordement. Tout le monde fait comme si ma lettre n’était jamais arrivée, alors que je sais très bien – l’accusé de réception faisant foi – que c’est le cas.

Depuis l’envoi de la lettre, je suis couverte de plaques rouges, urticantes, qui me grattent atrocement. Comme tout cela avait commencé à La Rinissé, j’avais incriminé les araignées, Grand-maman s’était lancée dans une opération Literie propre… Au bout de trois nuits sans sommeil, le verdict du généraliste tombe : c’est un « urticaire chlorinergique d’origine anxiogène ». Une bonne somatisation, le corps qui te dit « stop, j’en peux plus ». Malgré un traitement de cheval , les plaques et les démangeaisons ont continué.

Le 6 juin, j’échoue chez mon médecin traitant. Qui est aussi homéopathe. Puisque les traitements « traditionnels » ne fonctionnaient plus, autant essayer les médecines douces. En 5 minutes, je suis piquée de petites épingles (le docteur B est aussi acupuncteur), j’ai horriblement mal aux pieds (« c’est normal, les fluides sont bloqués dans les pieds ». Ah, bon). Je repars avec un arrêt maladie de quinze jours. Le soir, les plaques sont plus rouges et plus grosses que jamais. Mais le lendemain, plus rien. Je rattrape le sommeil perdu.

Le week-end suivant, nous partons à Avignon et je me retrouve aux urgences pour une grossesse extra-utérine dont j’avais totalement occulté les signes avant-coureurs. Je suis déjà arrêtée, ça tombe bien. Je passe la deuxième semaine de mon arrêt au fond de mon lit, totalement vidée par les effets secondaires du traitement. Toujours pas de réponse à mon courrier. D’après Maître C, pas de réponse tant que je suis en arrêt : pas le choix, je retourne travailler au terme de mon arrêt maladie, en ayant toujours mal au ventre en position assise, malgré les kilos de Spasfon ingurgités.

Lundi, toujours rien. Mardi, idem. Mardi soir, je contacte le DRH pour savoir si une réponse va être apportée à mon courrier, envoyé il y a… un mois. Oui, oui, celui-ci vient d’être posté. Je mets en place un plan d’interception de la fameuse lettre, avec mot sur la boîte aux lettres, procuration et carte d’identité remise à Yvette, notre voisine retraitée. Peine perdue. Vendredi, avant de prendre le train pour aller travailler, je récupère la fameuse lettre à La Poste. C’est un salmigondis de reproches et d’inexactitudes. La guerre est déclarée.

Le même jour, je demande à rencontrer le DRH en présence d’une déléguée du personnel, Claire, qui me suivra tout au long de la procédure. DRH veut bien, mais en présence de Chef, pour que « vous puissiez vous parler, vous êtes comme un vieux couple qui ne sait plus se parler ». Sauf que le contrat de travail n’est pas indissoluble, non ? Je refuse la confrontation, retourne voir le docteur B, écœurée. Celui-ci m’arrête pour un mois. Je renvoie un courrier en prenant de la hauteur – mes difficultés sont sous-estimées, voire niées – et en renvoyant les coordonnées de Maître C. Un mail m’indique que DRH « se réserve le droit de répondre à ce courrier point par point ». Aujourd’hui, j’attends encore la réponse.

Puisque la rupture conventionnelle n’est pas envisageable et que je suis incapable de reprendre mon poste, ma stratégie est d’obtenir une rupture pour inaptitude. C’est plus long – avec notamment un mois « blanc » sans salaire, ni arrêt de travail, ni congés payés – mais c’est la seule façon de ne pas poser une démission. A moins que mon employeur se décide finalement à signer une rupture conventionnelle.

Juillet, août… Je suis en arrêt maladie depuis deux mois. Je ne peux reprendre mon poste sans revoir le médecin du travail. Fin août, je recontacte par mail mon employeur, en demandant quand aura lieu cette visite. Pas de réponse. Le 31 août, j’envoie un mail un peu plus sec, m’étonnant de leur absence de réaction. Je n’ai pas envie d’être considérée en abandon de poste le 1er septembre et ne peut retourner au bureau sans avoir eu cette fameuse visite. « Vous pouvez aussi contacter la médecine du travail vous-même », me glisse Maître C.

Lundi 1er septembre. Je laisse passer la matinée, me disant que mes deux mails ont dû être lus. 14 heures, 15 heures… 16 heures, j’appelle la médecine du travail, exposant mon cas. La secrétaire n’est pas contente, en septembre, c’est le moment des visites d’embauches, l’agenda est très serré. Elle finit par me trouver un rendez-vous le mercredi (ce qui ne m’arrange pas du tout, j’ai les garçons et vais obliger Grand-maman et Gaby à courir la banlieue toute la journée). 17 heures, mail du bureau : il n’y avait personne au service DRH en août, les deux responsables ayant pris leurs vacances en même temps ( !). Je n’ai pas besoin d’eux pour contacter la médecine du travail, je l’ai déjà fait avant l’été (confusion de salariés, ce n’est pas du tout mon cas…) Je suis très angoissée par ce rendez-vous : et si le médecin ne prenait pas au sérieux ? Si elle ne voulait pas me déclarer inapte ?

Mercredi 3 septembre. Le docteur S suit mon employeur depuis des années. Elle connaît très bien les problèmes engendrés par le management brutal de Chef, je ne suis pas la première à m’en plaindre. Elle a d’ailleurs rendez-vous avec Grand Chef ce mois-ci… Elle préfère donc que je prolonge mon arrêt, histoire de lui laisser le temps de voir si une rupture conventionnelle est possible avant de se lancer dans une inaptitude (qui peut lui faire du tort, voire faire perdre le contrat liant son cabinet à mon employeur). Je suis très septique et n’attend rien de cette entrevue. Je retourne voir le docteur B pour être de nouveau arrêtée trois semaines.

Fin septembre, coup de fil du docteur S, le médecin du travail. Elle a finalement rencontré Grand Chef et me demande de renvoyer un courrier « sans griefs, ni émotion » en demandant une rupture conventionnelle. Et me glisse que sinon, il faut que je revienne la voir avec un courrier du docteur B, mon médecin traitant (easy) et d’un psychiatre (moins easy, je n’en connais aucun et n’ai jamais consulté…). Le même jour Maître C a été contactée par l’avocate de mon employeur, soi-disant spécialiste des risques psycho-sociaux : elle a des aménagements de poste à proposer pour que je revienne travailler… Sauf que nous n’en sommes plus là.

En revenant voir le docteur B, début octobre pour un énième prolongement de mon arrêt, celui-ci m’oriente vers le psychiatre du cabinet médical (je n’avais jamais fait attention à la plaque). Je réussis à prendre rendez-vous pour le 15 octobre, le plus tôt possible. En plus, le psychiatre pourra prolonger mes arrêts beaucoup plus facilement que le docteur B, qui, je le sens bien, commence à trouver mon histoire un peu longue. Comme par hasard, l’avocate de mon employeur répond à ma demande de rupture conventionnelle qu’elle « n’a pas été mandatée pour cela ».

Le 15 octobre (un mercredi à midi, ce qui ne m’arrange pas du tout), je rencontre donc le psychiatre. Avec une demi-heure de retard, car par un gros acte manqué, je me suis plantée dans l’heure du rendez-vous. Je réussis à intercepter le docteur dans l’escalier où il raccompagne une patiente. Au bout d’une heure de rendez-vous, pendant laquelle je raconte mon histoire et où nous faisons le point sur le chômage de masse en France, la difficile position du médecin du travail et les cinq profils de chefs fous (quand on arrive au profil du pervers narcissique, je m’écrie : « mais c’est exactement ça ! »), le psychiatre accepte de me faire le courrier.

« Ce qui serait une névrose, c’est de dire que ça ne va pas au boulot et d’y rester sans essayer de changer la situation ». Me voilà rassurée. Il prolonge mon arrêt de quinze jours, histoire de couvrir les vacances de la Toussaint. J’informe le DRH que mon arrêt se termine le 31 octobre et que je dois revoir le médecin du travail avant de reprendre mon poste. Cette fois-ci, une visite est prestement organisée le 4 novembre.

Début novembre donc, je revois le médecin du travail. J’ai dans mon sac la lettre du docteur B, mon médecin traitant, et vraisemblablement, celle du psychiatre est déjà arrivée rue de Vaugirard. En fait, non, le courrier s’est perdu. Je ressors quand même inapte en premier avis, mais doit impérativement revenir avec le courrier pour le deuxième avis, dans quinze jours. Après avoir harcelé la secrétaire du docteur (tout en se disant qu’elle doit avoir l’habitude), je récupère la fameuse lettre, que je couve dans mon sac à main pendant une semaine. Je pose quinze jours de congé : le docteur B n’en peut plus de m’arrêter, et je trouve aussi que cela suffit. Maître C n’est pas contente, les congés payés ne servent pas à ça.

Le 20 novembre, alors que je fermais la porte de la maison pour me rendre au deuxième rendez-vous avec le médecin du travail, coup de fil de Maître C, qui venait d’être contactée par l’avocate de mon employeur. Celui-ci envisagerait finalement d’opter pour une rupture conventionnelle. À une heure du rendez-vous avec la médecine du travail ?!? Ne serait-ce pas un énorme foutage de gueule ? « Tout à fait, me répond Maître C. Faisons comme si ce coup de fil n’avait jamais eu lieu, je n’ai pas eu le temps de vous joindre ». Dont acte. À la médecine du travail, le docteur S est furieuse : visiblement, elle avait obtenu gain de cause lors de la visite de mon poste, pendant les quinze jours entre les deux visites. Je présente le courrier du docteur C (visiblement assez salé, d’après sa tête), et je ressors enfin inapte au poste.

À partir de là, je suis donc dans une situation « limbesque » pendant un mois. Durant ce laps de temps, mon employeur est censé me faire des propositions de poste et me licencier. Sinon, à partir du 21 décembre, mon salaire me sera de nouveau versé sans que je sois à mon poste. Fin novembre, première, deuxième semaine de décembre. Aucune nouvelle du bureau.

Début de la troisième semaine : je contacte Claire, la déléguée du personnel, en lui signalant qu’il reste sept jours ouvrés à mon employeur pour me faire des propositions de poste. « Tu n’es pas la priorité de Grand Chef ». J’avais remarqué… Mail en fin de semaine du DRH : il a des propositions de poste, mais il veut me les présenter de vive voix. Maître C craint un traquenard, une confrontation avec Chef, une démission forcée. J’essaie d’obtenir les propositions par écrit, peine perdue.

J’accepte le rendez-vous, épaulée par Claire, et en me disant que cela fera un peu avancer les choses. Je sais, par mes sources internes, qu’il n’y a aucun poste équivalent au mien de disponible, en ce moment, il y a plutôt des restructurations de service. Je me demande bien ce que le DRH va pouvoir sortir de son chapeau magique. Je ne suis pas déçue. J’ai le choix entre… mon poste avec 25 à 30 % en télétravail ou un contrat de professionnalisation au service des abonnements, payée au Smic. Tout cela aurait pu être mis par écrit. Je suis au regret de décliner ces propositions par courrier avec accusé de réception le 18 décembre. La semaine suivante, nous partons pour passer Noël en Suisse. Le 21 décembre, mon contrat reprend (et mon salaire avec), je n’ai toujours pas été licenciée. De retour de Suisse, je trouve une convocation à un entretien préalable de licenciement.

Le 5 janvier, toujours en compagnie de Claire, nous constatons tous les trois qu’une des propositions a été retoquée par le médecin du travail (le même poste en télétravail) et que j’ai décliné le contrat de professionnalisation au service des abonnements. Je suis donc licenciée par inaptitude, en ayant perdu du temps, mais sans être imposée sur mes indemnités comme cela aurait été le cas pour une rupture conventionnelle.

Le temps de récupérer mon solde de tout compte, de refaire faire l’attestation Pôle emploi (mille mercis à Maître C sans qui je n’aurais jamais tenu le coup et qui a tenu à relire tous les papiers de rupture de contrat) et de vider mon bureau – en l’absence de Chef, mais ses adjointes n’ont pas jugé nécessaire de se lever pour me serrer la main et me raccompagner, ce qui m’a confortée dans ma décision de quitter cet endroit… Le mois de janvier est passé.

Aujourd’hui, une charmante conseillère de Pôle emploi a validé mon inscription, en me rappelant que je devais être disponible pour les rendez-vous, signaler tout changement de situation dans les 72 heures et être en recherche active. Il manque encore deux ou trois papiers, j’ai couru après tous mes relevés d’indemnités journalières avec cette impression d’être Gérard Depardieu dans Mammouth. L’année nouvelle peut enfin commencer.

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Mauvais karma

19 Juin 2014, 15:11pm

Publié par lapetitemaison

Mauvais karma

Je ne suis pas superstitieuse. Les chats noirs, les échelles à éviter, les parapluies à ne pas ouvrir à l'intérieur, ça m'a toujours dépassée. Mais si je repasse le film de la semaine dernière... Elle s'est ouverte sur un orage dimanche soir, pas très sonore (les orages dans les Pyrénées peuvent être beaucoup plus impressionnants), avec des éclairs très beaux, mais avec des grêlons chez nous gros comme des balles de golf. Je n'en avais jamais de pareils en région parisienne (ni même ma voisine, qui se rappelait des crues où la Seine montait jusqu'à la gendarmerie...), et encore, nous avions de la chance, un peu plus au Nord, les grêlons avaient la taille de balles de tennis.

des amas de grêlons comme des balles de golf.

des amas de grêlons comme des balles de golf.

A la première averse de grêlons, j'ai eu très peur que les velux ne résistent pas et que les enfants (qui dormaient comme des souches) se réveillent en panique au milieu d'éclats de verre. Nous avons temporairement descendu Petit Châtain et Petit Brun dans notre lit (leur sœur ne s'est pas réveillée), le temps de leur montrer les grêlons ramassés dans le jardin. Ils se sont recouchés et une deuxième averse de grêle est tombée, on entendait le bruit du verre des marquises des maisons autour qui finissaient par se casser.

La gouttière d'Yvonne, façon puzzle.

La gouttière d'Yvonne, façon puzzle.

Lundi matin, il faisait grand beau. A première vue, nous l'avions échappé belle : le toit en verre (vive les toits ouvrants !) du minibus avait résisté, il n'y avait que deux ou trois impacts sur le capot, assez court et qui avait été un peu abrité par le toit. Nos gouttières en zinc étaient comme neuves, alors que celles en PVC de nos voisins avaient été comme trouées par une perforeuse. Nous n'avions pas de marquise, donc pas de verre cassé à déplorer. Les fleurs dans le jardin avaient été réduites en bouillie, mais rien de grave.



Jusqu'à ce que les garçons me disent : « Maman, Colombine a fait pipi », au moment où nous allions partir déjeuner chez Grand-maman et que nous nous rendions compte que la nouvelle partie du salon, à droite de la cheminée était inondée. Je n'avais pas fermé totalement les velux la nuit d'avant... Le soir, il plut. Et le lendemain matin, de nouveau de l'eau au même endroit. Sauf que les velux avaient été convenablement fermé par le Capitaine et qu'il n'y avait aucune voie d'eau sur les murs. Mystère... Dans la journée (j'étais en arrêt maladie suite à mon urticaire géant), alors qu'il pleuvait à verse, je me rendis compte que l'eau s'infiltrait sous le plancher.



En urgence, il a fallu vider et déplacer le buffet qui se trouvait là (merci Seb), et éponger, éponger... Depuis, le plancher est tout gondolé, la peinture se craquelle sur les plinthes, les murs et la cheminée. Il y avait deux tuiles fendues sur cette partie du toit et la gouttière percée de notre voisine a dû créer une grosse voie d'eau. Vendredi dernier, les tuiles ont été changées et nous attendons la prochaine pluie pour voir si le problème vient bien de là. Cela veut dire de nouveau des peintures (et sans doute le plancher à changer), donc des travaux à l'automne. Joie.

Le paradou ?

Le paradou ?

Heureusement, le week-end allait rattraper toutes ces péripéties. Nous avions prévu depuis février de venir enfin voir à Avignon, Anne-Do, Edouard et leurs filles. Nous avons eu des frayeurs avec la grève de la SNCF, mais la roue tournait : notre train (celui du vendredi 13 de 11 h 07) était le seul à ne pas être annulé. Cela valait le coup de perdre une heure à l'agence mercredi matin pour changer les billets ! Nous avions commandé un taxi spécial nains, avec les sièges autos ad hoc, bien à l'avance, histoire de ne pas trop stresser.



Bien nous en a pris. Nous n'avions pas fait 2 kilomètres qu'un camion rasa d'un peu près notre taxi en dézinguant toute l'aile côté conducteur, la roue et le rétroviseur. Un peu compliqué de rallier Gare de Lyon dans ces conditions... Sans compter que nous étions en train de créer un superbe embouteillage près du dépôt RATP (avec des sorties et entrées de bus), aux portes de La Défonce. Heureusement, notre pauvre chauffeur de taxi réussit à nous trouver un taxi bis (avec 4 places, nous avons pris Colombine sur nos genoux), qui se mettait en quatre pour nous rassurer (soit regarder sur son smartphone le quai où serait notre train tout en conduisant, je ne sais pas comment nous avons évité un deuxième accident), et nous avons fini par arriver gare de Lyon en ayant 5 minutes pour monter dans le train. On était larges.



Sauf que dans le train, c'était l'Exode. Les voyageurs montés avec des billets sans réservation descendaient du train (tout ça avec des bagages monstrueux) quand nous avons tenté d'y monter. Nous avons fini par caser Petit Brun et Petit Châtain dans les toilettes, le temps pour le Capitaine de charger nos sacs, puis nous nous sommes enfoncés dans la voiture (notre carré était tout au fond), pour en déloger les squatteurs. Nous n'avons gardé qu'une grand-mère à minerve qui prétendait voyager assise dans l'allée, et avons occupé trois sièges sur quatre. Un des squatteurs est quand même resté rivé à son siège, malgré l'intervention des contrôleurs, qui lui ont demandé à trois reprises de quitter sa place...



On était bien contents d'être arrivés, de défaire nos valises et de piquer une tête dans la piscine. Je ne me sentais pas très bien depuis la veille, mal au ventre, impression d'être constipée (ce qui m'arrive souvent). À la fin du repas, le soir, j'avais mal au cœur et je me suis même forcée à finir l'excellente viande cuite à la plancha. J'ai quitté la table plus tôt que les autres pour aller me coucher, la chaleur, la fatigue du voyage.



Vers deux heures du matin, les maux de ventre devenaient intolérables. Je suis descendue (je me demande encore comment) m'allonger sur le carrelage du salon, où il faisait plus frais que dans la pièce sous le toit où nous dormions. Le Samu ne voulant pas se déplacer ("ma femme se tort de douleur et perd du sang" visiblement ce n'est pas assez alarmant), nous avons emprunté la Fiat d'Anne-Do, rentré l'adresse de l'hôpital du GPS, pris la route (en espérant que cet hôpital soit correct), galéré dans un parking qui rend fou et pris quelques sens interdits pour trouver l'entrée des urgences.



Là, un brancardier m'a entendue gémir et m'a immédiatement chargée sur une chaise roulante, amenée direct à un brancard, où les infirmières m'ont déshabillée, mise en chemise, posé un cathéter à chaque bras (j'ai essayé de négocier, mais non, on ne négocie pas ces choses là), donné de la morphine. Je croyais faire une crise d'appendicite, j'avais très mal du côté droit. C'était une grossesse extra-utérine, heureusement prise à temps.



Samedi matin, j'ai reçu le traitement de cheval. Du methotrexate, un produit utilisé dans le traitement de certains cancers. Qui m'a donné des nausées fortes (calmées en humant de la lavande et en cherchant la fraîcheur). Je suis sortie à 15 heures de l'hôpital, munie d'ordonnances pour faire des prises de sang hebdomadaires jusqu'à la disparition du taux d'hormones et en promettant d'aller voir mon gynécologue dès lundi. J'étais très vite fatiguée et ai beaucoup dormi. Dimanche, notre train était supprimé. Mané, qui passait également le week-end à Avignon, donna son billet du soir au Capitaine (qui rentrerait avec Petit Brun, lundi, c'était la sortie au Jardin des Plantes). Petit Châtain, Colombine et moi rentrerions en avion lundi depuis Marseille avec Mané.



Petit problème : je n'avais pas les passeports des enfants (qui n'ont toujours pas de carte d'identité...) et il fallait absolument réussir à garder la poussette prêtée pour Colombine jusqu'à l'avion, puisque l'unique recommandation des médecins (outre de faire prolonger mon arrêt) était de NE PAS PORTER la demoiselle. Monique, de l'équipe au sol, voulut bien faire une exception pour notre poussette, au contrôle des sacs, je dus abandonner un tube de crème solaire mis là vendredi et oublié ("ce n'est pas nécessaire pour le bébé" a tranché le monsieur de la sécurité), les papiers des enfants n'étaient pas un problème (merci Schengen)... et nous nous sommes envolés pour Orly.



J'ai trouvé l'avion plus confortable que la voiture, même si la position assise me fatigue énormément. En arrivant à la maison, Petit Brun et Cherry rentraient de l'école. Je me suis couchée direct, en espérant que les prochaines semaines seraient moins cataclysmiques que celle-ci !

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