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La petite maison dans la banlieue

Libérée, (presque) délivrée ?

21 Novembre 2016, 21:31pm

Publié par lapetitemaison

Libérée, (presque) délivrée ?

Mardi dernier, je suis revenue voir le docteur V. J'avais enfin réussi à trouver le temps de faire la prise de sang (pas très pratique pendant le week-end de la Toussaint, quand en plus on est à La Rinissé, et que l'actualité médicale était la crise d'asthme de Colombine…), décommandé un premier rendez-vous quand la laborantine m'a dit : "aaaaah mais non, les résultats, ce ne sera pas avant une semaine, on les envoie dans un autre labo…"

Et bam, une semaine (deux, au final), de régime restrictif dans la tronche. D'ailleurs, c'est le docteur V qui elle-même qui a fini par appeler le laboratoire : la candidose était KO.

C'était donc globalement la fête, même si, comme me l'a expliqué le docteur, il fallait y aller doucement : j'avais perdu 7 kilos en deux mois et demi (et retrouvé mon poids… d'avant les enfants toussa) "c'est votre poids de forme", mais le problème des intolérances alimentaires n'était pas encore réglé.

Donc les Quatre Indésirables sont toujours là : gluten, lactose, blanc d'œuf et amandes. De quoi faire l'impasse sur tous les desserts à l'extérieur de la maison, salade de fruits frais mises à part (ou bien, comme chez PH7, excellent restaurant végétarien à côté du bureau, la délicieuse crème de patate douce au citron : oui, moi aussi, en la voyant sur mon assiette, j'ai eu peur, en fait, c'est un délice).

Sont revenus en revanche les fruits et légumes, les fruits secs, tous les types de sucre ("en y allant doucement, vous allez voir, vous avez pris des habitudes, vous n'en aurez pas envie. Et le pire, c'est que c'est vrai) ; viandes autres que poulet et dinde, toutes les oléagineuses (hormis les amandes, donc) : c'est un peu la fête, et un peu plus facile de déjeuner à l'extérieur (hors de mes restaurants végétariens préférés), même si j'oublie quand même de demander comment sont cuisinés les plats (beurre ? crème ? yaourt ?). Et surtout, surtout l'alcool (ou presque) : plus de bière bien évidemment, ni de vins cuits (coucou, le porto) ou liquoreux (bye bye montabazillac, tariquet et sauterne). Mais permission accordée pour le vin rouge, le vin blanc sec et le champagne (le moins calorique de tous) : un verre par jour, mais un verre déjà.

De fait, j'ai changé certaines habitudes : j'ai troqué pain et confiture/miel du matin pour un bol de flackes d'épeautre avec du lait de riz. Je n'ai plus cette faim terrible de 11 h 30 et peut même tenir le coup jusqu'à 13 h sans trop de soucis. Je ne sucre presque plus jamais mon café, ou alors machinalement, en prenant le sachet de sucre en discutant. Je m'en tiens à deux cafés par jour (en arrivant/après le déjeuner), et à une infusion à 17 heures, désaltérant mes autres collègues au passage (ceux munis de tasse ou mugs).

Ce qui est compliqué, c'est la confrontation avec la vie sociale, comme dimanche, à la fête paroissiale : que des tartes, des cakes à base de blé (normal), de la salade d'endives (heureusement !) et des huîtres… Et par chance, le primeur du coin avait fait don au salon de thé de cageots de raisin et de mandarines : un dessert compatible ! Et de devoir prévenir ses hôtes des menus ("c'est pas si compliqué"), qui font gamelle séparée ("parce que ton truc de soja et de pâtes au sarrasin, ça me disait rien")…

J'y vais doucement, parce que j'ai très peur que la candidose revienne, et avec elle ses vilains effets secondaires (même si de l'avis général "je n'avais rien remarqué, tu le cachais bien"). J'ai d'ailleurs eu les félicitations du docteur pour avoir mis KO les squatteurs si vite. En attendant février et une possible réintroduction des Quatre Indésirables, c'est un peu (plus) la fête dans l'assiette !

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Fluctuat nec mergitur

13 Novembre 2016, 22:18pm

Publié par lapetitemaison

Fluctuat nec mergitur

Je n'ai pas regardé à la télévision les reportages sur le 13 novembre. J'ai suivi de loin, sur Twitter (après avoir passé la journée à chercher mon portable, bien planqué sous le plaid de mon lit) les commémorations.

Paris se souvient. Nous ne souvenons. Je me souviens. Je n'ai pas allumé de bougie sur le rebord de ma fenêtre, mais à l'issue de la messe, les enfants ont réclamé d'allumer une veilleuse à Marie. J'en ai laissé deux de plus : une pour F., l'ami de mon frère. Ils étaient au Bataclan le 9 novembre pour un concert, F. y est retourné le 13. Il a survécu à ses blessures. Et une pour L., qui travaillait en CDD dans un service de ma rédaction, qui a été fauchée sur le trottoir où elle devisait avec un ami.

Depuis un an, je filtre les informations pour ne pas effrayer plus les enfants : je n'ai pas parlé de Nice – nous partions opportunément en mer le 15 juillet au matin, ils n'ont pas pu entendre la radio, ni lire des titres au vol dans la rue. Je n'arrivais pas à trouver les mots pour raconter l'inexprimable. Une fois de plus. Je ne voulais pas gâcher leur plaisir du feu d'artifice du 15 août. Ils se font déjà suffisamment peur tous seuls, par les rumeurs qui parcourent la cour de récré. J'ai parlé de l'assassinat du père Hamel parce qu'il fallait bien expliquer la présence des gendarmes devant l'église cet été. Mais tu l'attentat de Magnanville, en juin.

"Ce n'est pas prudent que tu prennes les transports en commun, Maman", m'avait dit Asparagus après les attentats de Bruxelles, en mars. Certes, mais il faut bien aller travailler. "Tu vas à un concert ? Mais aux concerts, il y a des attentats", m'a dit Nimbus en juin, quand je suis allée voir Muse à la tour Eiffel. Non, en fait, il n'y a JAMAIS d'attentat au concert. Sauf ce soir funeste. Un concert, c'est un moment de musique, de joie, d'énergie partagée. Pas un massacre à huis clos. "Et toi, tu as fait un exercice de confinement au bureau ?" m'ont-ils demandé en septembre. Non (d'ailleurs j'aimerai bien savoir comment me barrer de mon bâtiment au cas où), et c'est vrai que cela doit leur sembler étrange d'apprendre à se taire, à se planquer sous leur tables, à faire le roi du silence dans la salle de sieste pour Colombine "et la maîtresse disait à Melchior de se taire, mais il arrêtait pas de pleurer"… Sans que leurs parents ne soient pas soumis aux mêmes bizarreries. Nimbus, le jour de l'exercice, a cru que c'était pour de vrai. Et je suis sûre que ses difficultés à s'endormir depuis la rentrée ont un lien avec ces mesures de protection...

Je me surprends à être aux aguets à Paris. Dans le quartier où je travaille, je ne m'habitue pas aux patrouilles de soldats, armés, ni à me retrouver avec un canon de kalachnikov pointé vers moi au tournant d'une rue en allant chercher un sandwich. Je ne suis plus à l'aise dans la foule, je n'aime pas quand les trains sont retardés à St Lazare et que la foule se masse devant les quais. En terrasse, je regarde plus attentivement les voitures qui passent, je préfère être en deuxième rangée que vraiment au bord du trottoir (et mon excuse de la peur des pigeons, qui reste valable, camoufle un peu cette psychose). Petit à petit, la vie reprend le dessus. Fluctuat nec mergitur. Mais mon insouciance s'est bien envolée le 13 novembre dernier.

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