Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
La petite maison dans la banlieue

En vadrouille

26 Avril 2013, 18:57pm

Publié par lapetitemaison

Hier et aujourd'hui, nous avons quitté notre coin de banlieue, histoire d'aller rouler la poussette hors de son terrain habituel (elle pourrait presque aller au centre de loisirs toute seule, c'est dire !), et de nous lancer dans les transports en commun. Juste Colombine et moi. On avait déjà rallié le cabinet de l’ostéopathe en train et métro, mais le Capitaine, alors en congés, avait servi de porteur de poussette. Trop facile.
Le vrai challenge, c'était de se débrouiller. Seules.

Jeudi, notre mission était de rallier Nation pour un déjeuner. Depuis la mise en route du tramway, le RER A s'est prodigieusement rapproché de la maison. Le plan, indiqué par ratp.fr, le Bison futé de l'usager francilien, était simple : un peu de tram, et hop ! Le RER A jusqu'à Nation.

Comme il fait très beau (et qu'on est pas sûrs de revoir le soleil avant le 1er août), on part légères et court vêtues, Colombine dans la seule robe d'été qu'elle a en 3 mois, offerte par Mané, les pieds tout de même dans les chaussons tricotés par la cousine Marie-France - j'ai trop peur de croiser une grand-mère dans le métro qui s'offusquerait que cette enfant ait les pieds nus. De toutes façons, elle finira par enlever toute seule les chaussons. Elle a quand même un body manches longues, tout simplement parce que l'unique body manches courtes n'était pas propre. Au moment de franchir le portillon du jardin, je m'aperçois que j'ai oublié le sac à langer sur la table de la salle à manger. Faux départ.

Évidemment, le tramway nous passe sous le nez quand on arrive sur zone. Et je n'ai pas les bons réflexes pour traverser pile au niveau de la station : on fait un peu touristes par rapport aux "vrais" usagers qui eux connaissent tous les trucs et astuces.
Arrivées à La Défense, l'ascenseur sur le quai du tramway est en panne. Une dame me propose de l'aide pour porter la poussette, alors que j'envisageais de descendre en deux fois : d'abord la nacelle, puis les pieds repliés et les sacs. En descendant, je vois qu'il y avait des escalators un peu plus loin. Je suis confuse, mais la dame vient d'aider un monsieur en fauteuil roulant : à côté, la poussette de Colombine doit sembler ultra-légère.
Grâce aux portes spéciales poussettes et fauteuils, on arrive aux escalators du RER sans problèmes. Mais pour passer le portillon, à ce niveau, pas de porte pour poussettes. Je replie les pieds, pose le cosy sur le portillon, un jeune Roumain se précipite pour porter le cosy (alors que je peux très bien me débrouiller seule). Et me demande une pièce après...
Une fois dans le RER, c'est direct jusqu'à Nation, arrivées à destination, je repère l'ascenseur (qui longe les escalators qu'on aurait aussi bien pu prendre). Le deuxième ascenseur qui permet de sortir de la station est attendu par une foule... tout à fait valide (et sans poussette), qui ne se bouge pas pour nous laisser la priorité, mais au final on réussit tous à rentrer dans l'ascenseur, ouf.

Première partie du trajet réussie, je suis plutôt contente, et très confiante quand au trajet retour. Hop, l'ascenseur pour descendre dans la station, hop, l'ascenseur le long des escalators, hop, le RER qui arrive tout juste. Hop... Ah non, on ne part pas... "colis suspect à Auber, ce RER retourne à son point de départ et ne prend plus de voyageurs, veuillez emprunter les correspondances..."

On ne rentrera donc pas en RER, ça tombe bien, j'ai des courses à faire à Saint-Lazare. Prenons donc la ligne 9. Bon, le coup des ascenseurs, ça ne pouvait pas marcher partout. Première volée d'escaliers. Arrive une petite dame, soixantaine dynamique, "on va vous aider madame". Qui avise un monsieur : "monsieur ! Oui, vous là-bas ! Venez aider madame !" Pas le choix, il se retrouve à porter la poussette (du coup, je ne porte plus rien).
Arrivées à notre destination, nouvelles volées de marches, nouvelles dames serviables ("je sais ce que c'est, j'en ai eu trois"), le soleil tape maintenant très fort, vite, vite, faisons ces courses avant que les trains ne soient de véritables étuves.

Le premier train – sans étage, ce qui me permet d'être assise sur un strapontin – ne partira jamais. "Problème technique". Il doit avoir trop chaud. Le suivant est annoncé deux quais plus loin, dix minutes plus tard. Colombine commence à avoir de plus en plus chaud et de plus en plus faim, car l'heure du biberon de 17 heures approche. Malheur, c'est un train à deux étages. Avec des barres au centre de la porte où la poussette passe avec peine, à cause des nombreux sacs et paquets que j'ai accroché sur les poignées. Et il me faut pratiquement porter la poussette pour franchir l'espace qui sépare le wagon du quai. Cela signifie également un espace central minuscule et pas de siège pour moi.... Le jackpot des emmerdes. Une minute avant le départ, sept contrôleurs montent avec nous alors que nous sommes déjà très serrés. Le train avance très lentement jusqu'à franchir la Seine... La chaleur, la conversation des contrôleurs (Comment passer sur un TGV ? Les errements de la politique RH de la SNCF, qui réduit les équipes d'un côté et réembauche de l'autre, etc), les pleurs de Colombine... Je suis liquifiée de chaleur et bien contente de descendre enfin, il fait presque frais dehors en comparaison du four dont nous sortons. Je cours presque jusqu'à la maison, donne un bain à Colombine – ça tombe bien, c'est le jour et ça va la rafraîchir. Je prendrais bien une douche moi aussi avant d'aller récupérer Petit Brun et Petit Châtain, mais je n'en aurais pas le temps. J'ai déjà réussi à ne pas être en retard au centre de loisirs, ouf.

Ce matin, nous étions attendues à l'autre bout de la banlieue pour un déjeuner-biberon avec la quasi jumelle de Colombine. 1 h 03 de trajet annoncé, fastoche. Je me devais bien de rendre la pareille à la mère de la quasi jumelle, qui avait accompli le trajet inverse, enceinte jusqu'aux dents pour venir déjeuner avec moi avant nos accouchements. Nous avions fini l'aprem en papotant comme deux baleines échouées sur notre lit, c'était encore l'endroit où nous étions le mieux installées !

Cette fois-ci, à La Défense, l'ascenseur fonctionnait sur le quai du tramway. Ce qui a tout changé. Car quand on peut faire le parcours spécial poussette d'un bout à l'autre, c'est plutôt bien foutu, les transports en commun. Hop, l'ascenseur, hop, les portillons dédiés pour sortir du tram et entrer dans le RER, hop, les escalators pour rallier le quai. Coup de chance, celui qui arrivait à quai ralliait notre destination. C'était un train tout beau tout neuf, blanc et vert aux couleurs de la RATP, mais à deux étages, donc toujours sans siège pour moi. Heureusement que ce n'était pas l'heure de pointe : impossible de se mettre dans un endroit où la poussette ne gêne pas la montée ou la descente des passagers...

Quand nous sommes reparties, un fin crachin breton s'était mis à tomber, le vent s'était levé et nous avons été contentes de nous retrouver au chaud dans le RER. À La Défense, j'ai suivi, un peu méfiante, les panneaux indiquant l'ascenseur, lequel était planqué tout au bout du quai dans un recoin qui sentait l'urine. Les boutons d'appel ne s'allumaient plus, mais finalement, les portes se sont ouvertes et la cabine nous a déposé au niveau d'un deuxième ascenseur qui nous amenait au tramway. Comme hier, l'heure du biberon approchait, mais devant le mauvais temps, j'ai pris l'option bus pour nous rapprocher au maximum. Et j'ai troqué jupe et sandalettes contre jean et boots pour courir au centre de loisirs...

En vadrouille

Voir les commentaires

L'écume des jours

23 Avril 2013, 11:02am

Publié par lapetitemaison

C'est fou comme le temps passe vite à la maison avec Colombine. Rythmé par le mouvement continu des biberons (un biberon toutes les quatre heures qui prend trois quart d'heures... ça revient très vite !). Sachant que je me rendors après le biberon de 6-7 heures pour émerger vers 10 heures, et que l'heure d'aller chercher les garçons au centre de loisirs (entre 17 h 30 et 18 h) arrive très vite...
Qu'avons-nous fait de nos (petites) journées ?

  • trouvé un gentil pédiatre (ce qui m'a réconciliée avec les pédiatres, j'étais un peu échaudée depuis la sortie de la maternité), qui a trouvé Colombine en pleine forme,
  • rangé de nombreuses caisses de vêtements : le 1 mois (non sans regrets, Colombine a à peine porté ces adorables petits pyjamas trois semaines et maintenant elle flotte dans le 3 mois), les vêtements d'hiver de Petit Châtain, qui a joué au mannequin mercredi matin et bien failli rester coincé la tête dans un polo 4 ans décidément beaucoup trop petit, mais le voilà rhabillé pour l'été. Pendant ce temps, Petit Brun cherchait la caisse de vêtements 8 ans qui n'existe pas encore...préparé les faire-parts, reçus hier, ne reste plus qu'à écrire les enveloppes et à les poster,
  • fait tourner un nombre incalculable de machines pour écluser le linge du week-end, à peine tout était lavé, repassé et rangé que le panier était de nouveau plein...
  • passé un mercredi après-midi dans le jardin, profitant des premiers rayons de soleil, découvrant que les myosotis que mon grand-père m'avait apporté l'année dernière se sont resemés, et que les pois de senteur (deuxième essai de plantation cet automne) avaient l'air d'avoir pris, pourvu qu'ils grimpent haut et fassent des fleurs, donc des graines, donc pleins de pois de senteur au printemps prochain...
  • eu des visites (et des cadeaux !!! Colombine a une garde-robe de folie, j'ai plus l'impression de jouer à la poupée qu'avec ses frères)
  • eu une heure et demie de paix samedi après-midi parce que les trois faisaient la sieste EN MEME TEMPS. Du coup, j'ai fait la sieste avec le chat.
  • profité trop rapidement des Brestois de passage, un dimanche après-midi, ce n'est pas assez !
  • organisé notre emploi du temps de la semaine suivante, en planifiant à notre tout quelques escapades...
  • et réalisé avec stupeur dimanche que Colombine avait pile un mois. Déjà !
L'écume des jours
L'écume des joursL'écume des jours
L'écume des jours

Voir les commentaires

Ménage de printemps

19 Avril 2013, 20:49pm

Publié par lapetitemaison

Ménage de printemps

Lectrice, lecteur,

ne soit pas affolé : j'ai juste profité de la nouvelle plate-forme de mon hébergeur pour réaménager l'esthétique des lieux, pour le reste, pas de grands changements !

Tout n'est pas encore parfait, je vais devoir repasser sur les billets déjà postés pour quelques petits recalages, je regrette la disparition de certaines fonctions (notamment pour personnaliser les polices, etc), mais la petite maison commençait à prendre la poussière question design et comme je n'ai pas trop le temps de me pencher sur la question d'une présentation tout à fait personnalisée... On fera avec celle-là en attendant !

Voir les commentaires

Boys in London

17 Avril 2013, 21:23pm

Publié par lapetitemaison

BoysinLondon

Samedi, les garçons ont pris la première fois l'Eurostar avec leur père, direction Londres pour le baptême de leur petit cousin. Sans Colombine ni moi, Londres avec nous ce sera pour une prochaine fois, le temps de faire des papiers à la petite sœur... Déjà, Petit Châtain a franchi les frontières avec des papiers pas en règle : depuis quatre ans, il se trimballe une carte d'identité où il est de sexe... féminin. On a bien tenté de lui refaire des papiers où il serait un petit garçon, las, deux fois la carte est revenue avec la même erreur. La deuxième fois, c'était à la veille de prendre un vol pour le Pays basque. L'employée de la mairie nous avait alors conseillé de tenter le coup avec la vieille carte, et, de fait, personne n'avait rien dit. Pour le voyage outre-Manche, on a bien tenté de faire faire un passeport – mais on s'y est pris trop tard, le temps de réunir l'enfant, les photos où il a l'air d'un repris de justice et les timbres fiscaux et autres justificatifs de domicile. Une nouvelle fois, il fallait utiliser la vieille carte. Le Capitaine avait paré le coup avec le livret de famille et – sait-on jamais – un extrait d'acte de naissance. Une nouvelle fois, Petit Châtain a franchi les contrôles sans encombre.
Il a fallu ensuite régler la question épineuse des trajets jusqu'à la gare du Nord. Car très vite, nous nous sommes heurtés à l'écueil de la Sécurité routière : aucun taxi ne voulait prendre le Capitaine et ses rejetons sans les fameux rehausseurs. "Et qu'est-ce je fais pendant trois jours de mes rehausseurs à Londres ?" a demandé le Capitaine. Personne ne savait. On s'est demandé un moment s'il était possible de les laisser à la consigne gare du Nord, mais je doutais que les rehausseurs puissent rentrer dans les casiers... Les Anglais, eux, ont l'exception qui confirme la règle du bloody rehausseur : dans les taxis, ils ne sont pas obligatoires...
Miracle, nous avons fini par trouver une compagnie de taxi spécialisée dans le transport de nains. Las, en s'y prenant la veille pour le lendemain, c'était mort pour le trajet aller. Finalement c'est JB qui s'y collait, et ça tombait plutôt bien, parce que Colombine a pris un biberon pile au moment du départ. Donc définitivement, je n'aurais pas pu les accompagner. Ajoutons à cela que la batterie du minibus était tombée en rade deux jours avant (nous avions tout juste pu rentrer à la maison et le garer dans le jardin, le tout aux environs de minuit, sinon c'est pas drôle) et que nous n'avions pas fait redémarrer la voiture depuis pour vérifier que tout fonctionnait...
Lundi soir, c'est un certain Georges qui les a ramenés à la maison. 50 euros le trajet (retard du train et embouteillages éventuels compris). Et ça les valait bien, d'après le Capitaine. Georges les attendait au bout du quai avec un petit panneau, a aidé à porter les sacs jusqu'à la voiture. Pas besoin de faire la queue, de supplier un taxi de les prendre, malgré les bagages et les enfants...
J'avais mis une tenue pour chaque jour dans la valise, deux pyjamas en cas d'accident, les sacs d'école étaient blindés de jeux de cartes, de livres et seul Nounours et le doudou baveux étaient sélectionnés pour le week-end. Il y avait également un pique-nique pour survivre dans l'Eurostar, les granules de Petit Brun et la trousse de pharmacie, les carnets de santé (sait-on jamais, si une visite aux urgences s'improvisait)...
J'étais bien triste qu'ils découvrent Londres sans moi. J'aurais bien voulu leur montrer l'école où j'allais (bon, le lycée, mais on va pas chipoter), juste en face du musée des dinosaures où ils ont passé leur samedi après-midi, prendre un vrai taxi anglais comme ils l'ont fait à la sortie du train et monter dans un bus à deux étages. Peut-être même qu'on aurait fait un détour par Abbotsbury Road pour leur montrer la maison où nous avions habité... J'étais bien triste de louper cette réunion familiale, d'enfin profiter un peu du héros de la fête, que nous voyons grandir photo après photo, petit film après petit film... De voir la maison, le quartier "pour de vrai"... Mais se promener avec un bébé de trois semaines qui prend un biberon – soit entre 30 minutes et une heure de pause – toutes les 3 à 4 heures, même si c'est une crème qui ne nous réveille qu'une fois dans la nuit, aurait été vraiment trop fatiguant.
Je peux donc résumer ces trois jours grâce aux bribes d'information glanées auprès des voyageurs :
"l'hôtel était top, le personnel aux petits soins"/"on a fait pleins d'exceptions, on a pas pris les granules le matin"/"ils ont mangé comme des chancres aux buffet du petit déjeuner"/"on a été au musée des dinosaures"/"c'était un peu Disneyland, on a passé notre temps à faire la queue, une demi-heure sous la pluie à l'entrée"/"on a été voir la maison de la reine, mais elle était pas là"/"ils m'ont réveillé à 6 h 30 [soit 7 h 30 heure française, normal quoi] je les ai mis devant un dessin animé, ils ont beaucoup regardé de DVD ce week-end"/"on a failli rater l'Eurostar au retour, Petit Châtain s'était endormi dans le métro"/on a pris un bus à deux étages, on était tout devant, on voyait les taxis anglais tout petits"...
... Et maintenant, ils savent dire "sank you merry meuch"... The british touch...

Voir les commentaires

Au ciel

15 Avril 2013, 19:06pm

Publié par lapetitemaison

Ciel.jpg

Jeudi dernier, Petit Brun est rentré de l'école avec son petit cahier de liaison en me disant qu'il y avait un mot "hyper important" dedans. C'était une lettre de l'inspectrice d'académie de notre secteur, repliée en deux et agrafée (en même temps, Petit Brun ne sait pas encore lire...) :
"Madame, monsieur,

Nous tenons à vous faire part d'une triste nouvelle. Un élève de GS [grande section, pour toi lecteur qui n'est pas au fait de la novlangue de l'Education nationale] est décédé ces jours derniers, la famille a averti l'équipe enseignante mardi après-midi. L'inhumation a eu lieu ce mercredi (...). Un cahier de doléances sera ouvert à destination des personnes qui souhaitent exprimer leur soutien."

Rien de plus. J'ai rangé le cahier, un peu inquiète - visiblement, ce n'était pas un enfant de la classe de Petit Brun - mais peut-être un ami d'une autre classe ? Petit Brun se montra plein d'entrain toute la soirée et ne nous divulgua pas plus d'information. Le lendemain matin, le Capitaine alla à la pêche aux informations auprès de la maîtresse. Le décès de cet élève avait été très soudain, et un psychologue allait venir parler aux enfants de sa classe.
Le soir, alors que nous courions jusqu'à la maison entre deux averses de grêle, toujours pas réaction de Petit Brun. C'est après son bain qu'il me confia qu'A... était mort. Mais si, A... qui était dans sa classe l'année dernière, chez les petits-moyens. A... était un moyen, comme Petit Brun (ouf, ce n'était pas un des copains dont les noms revenaient régulièrement dans la conversation. Mais ils avaient été dans la même classe, et se voyaient sans doute très souvent au centre de loisirs depuis trois ans). C'était Machine, qui était dans la classe de A..., qui lui avait dit. Son cœur s'était arrêté de battre. Comme ça, d'un coup. C'est ses parents qui l'avaient trouvé, leur avait expliqué la maîtresse de Machine, qui était dans la même classe que A.... Pourtant, remarquait Petit Brun, il n'était même pas vieux, A.... Ajoutant qu'il l'aimait beaucoup, comme Toffee.
Je ne sais pas si mes réponses, assez confuses, l'ont consolé. Lui disant que maintenant, A... était au Ciel, que ce n'était certes pas dans l'ordre des choses qu'un petit garçon parte aussi vite, mais qu'il fallait se souvenir de tout ce qu'ils avaient partagé ensemble. Et que tant qu'on se souvient de ceux qui sont plus là, ils ne sont pas tout à fait partis.
"Tu pourras le dire à Papa, et surtout il ne faut pas dire à Petit Châtain qu'A... est mort", me dit-il alors que son frère passait juste dans son dos... Sans que je sache s'il avait entendu cette dernière phrase ou non...

Voir les commentaires

Trois semaines

11 Avril 2013, 21:06pm

Publié par lapetitemaison

Bib_cafe.jpg

Et déjà quinze jours que nous sommes rentrées de la maternité. Mardi, le Capitaine reprend le turbin, hélas. Oui, ça aurait été très confortable qu'il soit en congé paternité aussi longtemps que moi, ou disons une semaine de plus. Mais il a déjà rajouté des congés à ses 11 jours calendaires de congé paternité officiels, alors ne nous plaignons pas. Surtout que cette fois-ci – et je touche du bois – aucune péripétie médicale n'est venue troubler ce retour à la maison, contrairement à ce qui s'était passé après la visite de Petit Châtain.

Je ne sais pas si je me suis vraiment reposée, parce que comme je suis mille fois plus en forme que les neuf mois précédents, je me suis lancée dans des rangements tous azimuts (et encore, je suis loin d'avoir tout fait). Disons que j'ai alterné les journées très remplies et les journées de siestes (après le biberon de 5-6 heures, après le déjeuner...). Et que je suis parfois tombée raide de fatigue, devant me porter pâle au dernier moment, comme samedi dernier, où l'enchaînement rendez-vous avec l'adjointe au maire à la petite enfance pour la place en crèche (une sorte d'oral bis du bac de français, encore pire quand l'examinatrice, euh l'adjointe, est plutôt cordiale), déjeuner chez des amis, dépôt des enfants chez Belle-maman pour la nuit et la journée de dimanche (avec le sac à boucler le matin) a eu raison de la soirée d'anniversaire où nous étions invités...
Une journée très remplie, c'est une journée avec des visites, pour le déjeuner ou dans l'après-midi, ou bien un rendez-vous pour Colombine (à la PMI pour peser la bête, deux fois, la première, on s'était trompées dans les horaires d'ouverture, chez l'osthéopathe pour corriger le torticolis et les problèmes de transit de mademoiselle, deux fois, du coup j'en ai profité pour faire débloquer mon dos qui me faisait atrocement mal depuis sa naissance) ou pour moi (la reprise pour la troisième fois de l'empreinte de ma dent cassée... il y a presque 18 mois, je ne sais pas si j'aurais un jour ma couronne. Soupir). Rajoutez deux ou trois biberons pris dans des endroits exotiques (un café, la PMI, la salle d'attente de l'osthéo...), et hop, il est vite 17 h 30, l'heure de récupérer les frangins au centre de loisirs (mal mais tellement pratique). Si on les récupère à 16 h 30, c'est qu'il y a une corvée administrative (les papiers de Petit Châtain, une sombre histoire dont je reparlerais, attention, teasing !) ou bien une corvée médicale (déboucher les oreilles de ces messieurs, les traîner chez l'ORL. Corvée dont s'est acquitté le Capitaine, j'ai juste récupéré Colombine in extremis pour son biberon : son père avait prévu l'eau, la dosette de lait en poudre mais oublié... le récipient à la maison, c'est pas de bol...)
Il est vrai que Colombine est un bébé tellement facile (qui mange bien, sans problèmes de coliques ou de régurgitation, qui dort bien, sans que l'on ait besoin de la bercer, qui se laisse trimballer sans broncher, manipuler sans ouvrir un œil...) que la tentation est forte d'enchaîner les occupations (comme la gestion du linge, on est pas très écolo biobio sur ce plan-là...). J'ai limite l'impression de m'occuper plus de ses frères que d'elle dans la journée.
Si Petit Brun et Petit Châtain sont très mignons avec leur "toute petite sœur", ils le sont nettement moins avec nous... Je reconnais avoir été peu disponible pour eux enceinte, très vite fatiguée par leurs jeux, pas motivée pour jouer aux Playmobil ou aux nombreux jeux de carte, même parfois pour lire, alors que c'était encore ce qui me fatiguait le moins. Et la semaine de repos forcé à la maternité n'a pas arrangé les choses.
C'est un cercle vicieux : ils se manifestent (bruyamment et dès 7 h 30, quand on vient de finir un biberon à 7 heures, c'est très énervant) pour prouver qu'ils existent encore, sont très demandeurs de notre attention mais ne comprennent pas que nous soyons fatigués, du coup irritables et très vite irrités de leur comportement. Comme hier après-midi, où nous sommes partis en grande expédition shopping, avec Grand-maman comme chauffeur et personnal shopper. Nous avons été assez gentilles pour les laisser regarder la fin du spectacle de guignol (ce qui nous ennuie à mourir autant l'une que l'autre). Peine perdue. Les deux ont été atroces dans toutes les boutiques où nous sommes entrées. C'est bien simple, j'ai failli les abandonner sur place. Et je me suis alors rappelée pourquoi je ne faisais jamais de courses avec eux... C'est peu dire que l'osthéopathe m'a déculpabilisée totalement en me disant qu'elle aussi, ne supportait plus sa fille en ce moment. Et se demandait s'il était possible de passer une journée sans se fâcher avec elle, sans répéter 150 fois les mêmes choses, sans devoir brandir des carottes et des bâtons à tout bout de champ...
Ce soir, alors que le Capitaine était chez le dentiste à 19 h 30, que c'était l'heure de dîner pour tout le monde, Petit Brun et Petit Châtain ont été des anges. Terminant leur repas tout seuls – et dans les temps pour Petit Châtain que l'on nourrit comme un bébé à la cuiller ces jours-ci – pendant que je donnais le biberon de leur sœur. Allant se laver les dents et rendant des services pendant que je couchais Colombine. Un coucher sans disputes ni discussions sans fin sur le choix du livre. Et quand le Capitaine est rentré, ils s'étaient tous endormis. La fin du bizutage ?

Voir les commentaires

Huit jours dans une bulle

3 Avril 2013, 21:08pm

Publié par lapetitemaison

Neonat.JPG

Séjourner à la maternité, c'est toujours être dans une bulle, hors du temps, où la journée ne tourne qu'autour des soins du bébé, des biberons, des visites des sages-femmes, infirmières, des repas à heures fixes... Un cocon rassurant.
Ce que je n'avais pas prévu, c'est de jouer les prolongations huit jours durant. Si je compte mon petit séjour en salle de pré-travail, j'aurais passé dix jours dans les murs de la maternité.
Vendredi en fin d'après-midi, la responsable de mon étage vient m'annoncer que les résultats de prélèvements faits à la naissance montrent que Colombine aurait un taux suspect de strectocoque B sur la peau. Mais qu'on va lui faire une prise de sang histoire de vérifier si c'est passé dans le sang. Une prise de sang. Pour un bébé de même pas 36 heures. J'ai déjà dit mon amour des aiguilles et des seringues. Autant dire que des deux, c'est moi qui en menait le moins large. Une dose de glucose dans le bec et mon petit doigt à suçoter pendant le prélèvement, Colombine ne s'est même pas réveillée.
Le soir, je l'ai confiée à la nursery, j'étais encore fatiguée, et l'un des avantages de cette maternité, c'est que les bébés peuvent aller à la nursery la nuit (trois nuits, en fait, histoire de faire une nuit à deux avant le retour à la maison). Mais j'ai très mal dormi cette nuit-là.
Aussi, quand samedi à 6 heures, sont entrées dans ma chambre la sage-femme et l'infirmière de nuit, j'étais à peine étonnée de les voir, même si j'attendais plutôt le retour du berceau de Colombine.
C'est qu'elle avait été transférée en néonatalogie, m'annoncèrent-elles. Que je devais descendre au 2e étage pour rencontrer le pédiatre qui me donnerait toutes les informations. J'enfilais vaguement un gilet sur ma chemise de nuit, "vous devriez vous couvrir, ça risque de durer". Ah. Les résultats de la prise de sang ne sont pas bons. La pédiatre de garde me cueille donc au pied du lit. Colombine est déjà sur une table d'examen, entourée par une infirmière et une aide-soignante qui lui posent une perfusion. Il y a donc bien une infection qu'il va falloir soigner en lui administrant des antibiotiques. Qui n'existent que par voie intraveineuse pour les nouveaux-nés. D'où la pose d'un cathéter. Colombine ne bouge pas un cil durant la pose du cathéter – toujours la ruse du glucose et du doigt à sucer, mais les bébés sont quand même incroyables – et je reste auprès d'elle pendant la demi-heure où la dose de médicament passe (en pleurnichant, les hormones, les hormones, d'autant qu'il est beaucoup trop tôt pour essayer d'appeler le Capitaine. Quand j'essaierai à 8 heures, son portable sera éteint, et chose incroyable, PERSONNE n'entendra ni ne répondra au téléphone fixe, alors que Petit Brun et Petit Châtain sont toujours debout le samedi matin à cette heure-là). Il est question de nous transférer en néonatalogie le temps du traitement, qui peut varier entre 5 à 7 jours. Après une heure de tergiversation, c'est oui.
J'ai juste le temps de remonter prendre mon petit-déjeuner, faire les sacs, prévenir la responsable de l'étage de notre transfert, attraper un petit biberon et descendre le donner à Colombine. En cadeau de départ, j'hérite de magnifiques bas de contension pour combattre mes pieds œdémiqueux – ils sont rectangulaires, comme ceux des Playmobil, charmant.
Le Capitaine arrive avec Petit Brun et Petit Châtain (que je n'ai pas vu depuis mardi soir), les bras chargés de cadeaux : un énorme nounours blanc qui fait la taille de Colombine de la part de Petit Brun, et une jolie robe d'été en 18 mois rayée rouge et blanc de la part de Petit Châtain. Heureusement Colombine avait elle aussi apporté des "cadeaux" pour ses frères (deux albums de Caroline tiré du tiroir où je stocke d'éventuels cadeaux). C'est là que l'infirmière de jour nous informe qu'il n'est pas question que Colombine reste avec nous pendant les visites, elle doit être dans son box, et le Capitaine doit revêtir chausses bleues et tablier vert pour aller s'occuper d'elle dans le box ou dans la chambre. Petit Brun est assez grand pour apercevoir sa sœur à travers la glace, mais il faut porter Petit Châtain... A la visite suivante, je suis dans le box pour donner le biberon et on a ouvert les portes de la poubelle pour pouvoir parler avec Grand-maman.
A cause de la perfusion (que l'on a recouvert d'une chaussette, la demoiselle attaquant la tige du cathéter lorsqu'elle est affamée), j'ai besoin d'aide pour donner le bain, éviter que la perfusion ne se détache et que l'on doive la reposer. Idem lorsqu'il faut changer Colombine de pied en cap...
La nuit de samedi à dimanche, première toutes les deux est une grande fiesta, avec biberons toutes les deux heures, suivis de maux de ventre, de rots coincés... Mais Colombine est heureusement endormie pour la séance de médicaments de 6 heures. Je me demande si le lait est suffisamment nourrissant – Petit Brun, en son temps, était passé très vite à un lait épaissi, tant le lait donné d'office à tous les bébés au biberon ne le calait pas. La pédiatre préfère espacer davantage les biberons. Et Colombine hérite d'une tétine, histoire de pouvoir assouvir son besoin de succion, au grand dam de son père. Qui n'a pas passé une heure à se faire bouffer le petit doigt dans la matinée, lui. Le soir, il faut attendre la visite du docteur R, mon gynéco, qui passera nous voir tous les soirs jusqu'à son départ en vacances, pour enfin savoir quand nous sommes autorisées à rentrer à la maison. Et à connaître les résultats de la prise de sang du matin. J'ai beau avoir demandé deux fois, il faut reconnaître que c'est beaucoup plus efficace quand c'est lui qui demande... Les résultats sont bons, le traitement fait effet, et nous pourrons sortir jeudi matin, ouf.
Lundi, le traitement s'assouplit. Colombine cesse d'être un bébé USB, reliée par un cordon sortant du pyjama au scope qui mesurait ses constantes (et réduisait nos mouvements, il fallait la débrancher à chaque fois qu'on allait dans le box, puisque le scope était installé sur ma table de nuit). Je commence à m'ennuyer un peu, même si j'essaye de faire des siestes en même temps que la miss, d'autant que notre chambre est à l'entrée du service, avec le bruit des portes de l'ascenseur toute la nuit, les pleurs des autres bébés (j'ai l'impression qu'un chat et une mouette se baladent dans le couloir), les conversations, même mezzo voce... J'ai presque envie de m'incruster à la réunion de service, juste pour voir du monde. Car il faut être honnête : s'il n'y avait pas ce traitement par intraveineuse à faire, Colombine et moi n'avons rien à faire en néonatalogie. Par rapport à la naissance de Petit Châtain, à part mes pieds rectangulaires, je suis en pleine forme maintenant que mon hypertension est soignée.
Le soir, je me sens trop fatiguée pour garder Colombine avec moi. Petit coup de blues :  le Capitaine est parti tôt, les garçons ne veulent pas me parler au téléphone, trop occupés par les albums de coloriage, mais veulent parler à leur petite sœur, le docteur R se barre en vacances... J'ai l'impression d'être coincée dans cette chambre.
Je mets la miss dans le box et l'équipe de nuit se chargera des biberons. J'ai drôlement bien fait ; elle leur fera une java monstre, réclamera un biberon à 2 heures après en avoir pris un à minuit, et se sifflera carrément 120 ml – les petits biberons de la maternité en contiennent 90...
Mardi, le pédiatre qui réalise l'examen auditif n'est pas du tout affolé par la nuit de folie de Colombine. Si elle a faim, qu'elle mange, elle se régulera toute seule sur la journée. OK, bien reçu. Je reçois les compliments des infirmières parce que je remplis très scrupuleusement les feuilles de liaison (qui se résument, pour nous, sur la quarantaine de lignes de soins possibles, à remplir les cases des biberons, donnés par qui, à quelle heure, quelle quantité, s'il y a eu des selles et des urines ou pas. Et à noter la température et le poids du jour de la bête. Ainsi que la prise des vitamines. Fastoche). "Vous pourriez pas montrer aux autres mamans comment faire ?"
Devant la peau sèche de Colombine, on décide d'un commun accord de lui donner son bain un jour sur deux, comme pour ses frères, voilà qui simplifie l'organisation...
L'après-midi, lors de la visite quotidienne du Capitaine, nous organisons la sortie de jeudi, d'autant que le centre de loisirs est en grève ce jour-là : pas de cantine donc, ni de garderie du soir. Il est décidé que Grand-Maman viendra dormir chez nous mercredi soir et emmenèra les garçons à l'école le matin, et nous ferons en sorte d'être rentrés pour les récupérer à midi.
Mercredi, dernier jour dans ce havre de paix, où tout le monde, des infirmières aux aides-soignantes, en passant par les puéricultrices et les dames de ménage ont été si gentils avec nous. Dernières prises de médicaments à 6 heures et 18 heures, heureusement il n'y a plus la demi-heure de médicaments, ce ne sont plus que de simples seringues à vider. Un troisième pédiatre, jamais encore vu, débarque dans ma chambre à l'heure du déjeuner. Et commence à lancer un premier scud : j'avais osé ouvrir la turbulette de Colombine. Parce que je trouve qu'il fait une chaleur à crever dans cette chambre et que ladite turbulette est très épaisse. "Ce n'est pas un sac de couchage, elle risque de glisser au fond et de s'étouffer". Rappellons que le berceau est à 10 cm de mon lit et que je n'ai que ça à faire, pour le moment, de la regarder dormir... Bref, je reboutonne la turbulette. Et envoie un SMS à Laeti pour lui dire que j'étais tombée sur le pédiatre psychopathe.
Cinq minutes plus tard, dans le box, pour l'examen de Colombine, deuxième scud : j'ai osé laisser mon mobile allumé près du bébé. Ai-je pensé à toutes ces ondes près de son cerveau en construction ? (Personne, depuis neuf jours, ne m'a fait de réflexion parce que je téléphonais dans la chambre ou que j'envoyais des textos). Je n'ai pas la présence d'esprit de lui rétorquer que dans ce cas, autant interdire le portable aux femmes enceintes, ainsi que toute proximité d'une borne wifi pendant la grossesse. Par principe de précaution, hein.
Autant vous dire que quand le troisième scud est tombé parce qu'on a signalé les problèmes d'eczéma de Petit Brun et que du coup Colombine a un lait hypoallergénique, j'ai contenu mes larmes en expliquant le traitement homéopathique, le seul qui ait marché, sans produits laitiers, en remplaçant le calcium par des sels minéraux. "Mais alors, qu'est-ce qu'il prend à la place du lait ?" Ben du lait de riz. "Très mauvais ces laits végétaux, ça fait des polycarencés". Là j'ai rigolé intérieurement, car Petit Brun n'a pris de lait végétal qu'à partir de 3 ans et demi, et vu la vitesse à laquelle ses vêtements deviennent trop petits, une polycarence... moui, moui.
Finalement, Colombine est déclarée apte au service et l'odieux personnage s'en va. Il reviendra le lendemain pour me dire que, "la prochaine fois, comme la petite a eu un streptocoque B, vous le dites bien avant l'accouchement, qu'on vous fasse une perfusion de médicament". Préventivement. OK...

Jeudi matin, après une dernière prise de sang pour vraiment être sûrs de sûrs que tout va bien, nous sommes prêtes à rentrer. Les sacs sont bouclés, il nous faut juste attendre le résultat des analyses. Le Capitaine a le temps d'arriver, de passer régler les papiers à l'administration, de commencer à mettre les sacs dans la voiture, Colombine prend un biberon pour la route... Les résultats tombent à 9 h 45 : tout est OK, la pédiatre, la même que samedi à 6 heures, complète le carnet de santé, nous faisons nos adieux, et à 10 heures, nous sommes enfin dehors. Tout le monde me dit qu'il fait froid depuis une semaine, mais dans un rayon de soleil et enfin sortie de la fournaise de la maternité, je trouve qu'il fait drôlement bon...

Voir les commentaires

Le jour le plus long

1 Avril 2013, 19:04pm

Publié par lapetitemaison

NaissanceNon, je n'ai pas été retenue en otage à la maternité, mais nous ne sommes rentrées à la maison que jeudi dernier. Pourquoi ? Il va falloir se taper deux billets pour le découvrir...
Oui, Colombine s'est pointée avec trois jours de retard... comme Petit Brun, l'échographe avait vu juste. Sauf que, cette fois, malgré le protocole d'huiles essentielles dûment suivi depuis le jeudi précédent, je n'ai pas coupé au déclenchement, même si en ce 19 mars, c'était le rush en salles de naissance : tous les bébés prévus pour le week-end avaient décidé de décaler leur arrivée, provoquant un petit embouteillage... Mais quand j'ai appelé à 20 heures pour savoir si on devait vraiment venir, on m'a répondu qu'on était bien attendues. Zut.

19 mars, 20 h 15 : tous les voisins se sont donnés le mot pour sortir ou rentrer chez eux EN MEME TEMPS.
19 mars, 21 heures : on est coincés sur le périph, je ne comprends pas pourquoi le Capitaine a pris cet itinéraire, j'aurais coupé par le 16e, pour foncer tout schuss sur le 15e par le pont de Javel. L'ambiance est un poil tendue dans le minibus.
19 mars, 21 h 16 : on est arrivés à destination, et en plus, on trouve une place pour se garer à deux pas de la maternité. Je prends ça pour un bon présage.
19 mars, 22 heures : après un premier monitoring, pose du tampon qui est censé déclencher les contractions. Etant donné que cela peut mettre 24 heures à agir, il est décidé que le Capitaine reparte dormir à la maison. Après deux heures sans bouger, j'ai - wouah ! - le droit de me lever, d'aller aux toilettes, et on me promet même une douche demain matin. J'ai même droit à une couverture pour la nuit - la fatigue me rend frileuse. Gros changement par rapport à la naissance de Petit Brun : il y a la télé en salle de pré-travail. Et je ne mesure pas encore combien ça va être important demain...
20 mars, 1 heure du mat : alors que je m'endormais gentiment, apparition d'Anne, la sage-femme : ma carte de groupe sanguin est pas du tout aux normes (elle est établie à mon nom d'épouse, et pas à mon nom de jeune fille comme il le faut maintenant. Je m'interroge sur l'intérêt de ce nom d'épouse qui sert jamais à rien avec l'administration. Passons). Bref, j'ai droit à une prise de sang afin d'en réétablir une sur-le-champ, afin que l'EFS (établissement français du sang) veuille bien me donner un peu d'hémoglobine si nécessaire lors de l'accouchement. Moi qui adore tout ce qui a trait aux aiguilles et aux seringues, me voilà servie.
20 mars, 6 h 45 : je suis dans la salle de pré-travail la plus proche de la porte d'entrée de l'étage des naissances. Autant dire que je capte toutes les conversations (les parturientes qui arrivent, les pères qui passent les premiers coups de fil : "il a beaucoup de cheveux, de grandes mains, il est très mignon", les blagues des sages-femmes "qui veut du placenta grillé ?"). Là, c'est une parturiente qui explique qu'elle a des contractions très douloureuses depuis deux heures. Et là, connection dans mon cerveau embrumé : je DORS donc je ne sens AUCUNE contraction. Depuis six heures. MonDieucestpaspossible. Si, si. Je suis désespérée.
20 mars, 8 heures : le Capitaine appelle pour savoir s'il doit venir. Je suis immobilisée pour un monitoring, le premier d'une longue série. Colombine a l'air de faire la sieste, donc le monitoring est prolongé, je dois rester sur le côté gauche histoire de la stimuler un peu. Je me concentre sur la perspective 1 d'aller aux toilettes, 2 de prendre un petit dej, 3 de prendre une douche. Il n'y a rien à la télé le matin, et le seul intérêt que je trouve aux chaînes d'info, c'est que le temps défile en haut de l'écran. Je chatte avec Clémence via Facebook, en Australie c'est la nuit.
20 mars, 9 h 15 : les contractions sont un peu plus douloureuses, peut-être que les choses sont en train de démarrer ? Je m'endors devant les Maternelles en attendant le petit-déjeuner.
20 mars, 10 h 15 : l'aide-soignante arrive avec le meilleur petit-déjeuner du monde, elle m'avait oubliée. Je mange le plus lentement possible les deux biscottes et bois le thé comme si c'était de l'hydromel. Pas trop vite, surtout !
20 mars, 10 h 20 : le Capitaine arrive à point pour aller me récupérer dans mon gros sac mon Trandate (pour la tension) une serviette et ma trousse de toilette, j'ai le droit d'utiliser la douche du service (qui ne ferme pas à clé, chouette). Déception : 12 heures plus tard, rien n'a bougé... Le Capitaine repart au bureau pour la journée, cela ne sert à rien qu'il reste. Consolation : je gagne un déjeuner. On décide du protocole suivant avec Marine, la sage-femme de jour : on regarde ce que ça donne dans la journée et si rien ne se passe ce soir, demain on passe à la perfusion d'ocytocine... Beuh. Sans péridurale, je ne l'envisage même pas.
20 mars, 13 h 30 : Apparition du docteur R, mon gynéco. Qui remet le tampon en place correctement et force le col, ce qu'aucune sage-femme n'a fait jusqu'à présent. C'est très désagréable, mais les contractions deviennent plus régulières et fortes.
20 mars, 16 heures : nouveau monitoring, nouvel examen, particulièrement douloureux, mais le col est ouvert à 2-3. Marine me propose la péridurale, mais je préfère attendre l'arrivée du Capitaine, prévue pour 20 heures. En marchant pour ne pas être complètement ankylosée à force de rester allongée, les contractions sont encore supportables.
20 mars, 20 heures : arrivée du Capitaine. J'ai le droit à un dîner, que je ne laisse pas passer. Le Capitaine termine son sandwich entamé dans le train. Pour la première fois depuis 1 000 ans, on est devant la télé pour les Guignols de l'info (très difficile de rire en ayant des contractions). Puis ensuite, passage en salle de travail, pour la pose de la péridurale. Parce que, comme à chaque fois, il va falloir un peu d'aide pour que les contractions soient réellement efficaces. En fait, cela attendra 21 h 30, le temps de poser la perfusion d'eau salée (miam), brancher le monitoring, le tensiomètre... Et je ne suis pas la seule à attendre l'anesthésiste.
20 mars, 22 heures : la pose de la péridurale est un peu douloureuse, les contractions sont rapprochées, du coup j'ai du mal à me détendre, ha ha ha. Je tremble comme une feuille après le passage du produit, même avec des chaussettes aux pieds.
20 mars, 23 h 30 : rien de nouveau sous la lune. Florence, la sage-femme qui nous accompagne ce soir, décide de percer la poche des eaux pour faire descendre Colombine (qui, après vérification écho, est bien placée, mais très haut). J'ai droit aussi à une vidange de la vessie par sonde. Joie, en plus j'ai bu tout l'après-midi. Petit bémol de Florence : si le bébé ne descend pas, c'est la césarienne. Chouette.
21 mars, minuit : des cris épouvantables se font entendre de la salle d'accouchement d'à côté, où officie également le docteur R. Nous ricanons nerveusement avec le Capitaine : c'est juste pas humain d'entendre ça... De notre côté, Colombine a compris ce qu'on attendait d'elle et les choses s'accélèrent. Enfin.
21 mars, 1 h 30 : fini de rigoler, en quelques poussées désordonnées (je prend mal mes respirations, je suis épuisée), Colombine pointe le bout de son nez à 1 h 35.

Le Capitaine coupe le cordon, j'ai Colombine ce qui me semble être 30 secondes dans les bras avant qu'elle ne soit embarquée par le pédiatre pour les premiers examens, et là, c'est la bousculade, je sens que quelque chose ne se passe pas comme prévu. Colombine a bu la tasse en sortant et le pédiatre met du temps – trop de temps me semble-t-il – à l'examiner. Il finit par l'embarquer dans la salle de réanimation pédiatrique. De mon côté, comme lors de la naissance de Petit Châtain, pas d'expulsion normale du placenta. Du coup, j'ai droit à une révision utérine. Là, le Capitaine – mais je ne m'en suis pas rendue compte sur le coup – a failli tourner de l'œil et est sorti de la salle (je croyais qu'il allait voir ce qui se passait pour Colombine). Petite innovation 2013 : un début d'hémorragie, qui enclenche un plan Orsec. En 30 secondes, l'anesthésiste, une deuxième sage-femme, l'infirmière qui m'avait posé la première perf, sans compter le docteur R et Florence, ont rappliqué. J'ai droit à une deuxième perf à la main gauche, en tout  il y a cinq poches qui me coulent dans les veines, j'ai un deuxième tensiomètre posé à la cheville droite, on me pince même trois fois un gros orteil pour un test sanguin... Je ne regarde même plus le plafond parce que la scène s'y reflète et que c'est un peu le massacre...

Finalement, ce n'était pas si grave, sauf qu'on est restés cinq heures en observation en salle de travail avant que l'on nous remonte dans notre chambre. Je ne peux pas prendre Colombine dans mes bras à cause de mes deux perfusions. C'est le Capitaine qui lui donne son premier biberon et je ne peux même pas immortaliser ce moment, tellement mes mains me font mal. Elle n'est toujours pas habillée – avec ses 3 kilos 700, elle va exploser dans la mignonne petite tenue de naissance que j'avais prévue – et nous n'avons pu faire aucune photo de naissance...
Sans compter que nous tombons tous de sommeil.
Enfin Colombine est habillée par Florence, le monitoring est débranché, on fait deux trois photos, je m'aperçois qu'elle a des plaies sur les mains – elle s'est mangé le dos de la main in utero, si, si c'est possible – et le Capitaine part à 5 heures pour prendre le premier train et revenir à la maison dormir un peu.
Comme je ne peux toujours pas prendre Colombine dans mes bras, et qu'elle est complètement réveillée, elle, elle part bientôt se promener dans les bras des sage-femmes, avec un deuxième biberon à 6 heures... Quand l'appétit va, tout va ! Moi, je meurs de faim et de soif (les bouffées de spray d'eau minérale, c'est quand même pas ça) depuis 2 h 30 et je m'accroche à l'idée du petit déjeuner vers 7h 30. Ou 7 h 45 au pire.
À 7 heures, Marine, la sage-femme de jour de la veille, vient nous voir et admirer Colombine... Et on monte enfin dans notre chambre. On vient tout juste d'entamer nos huit jours à la maternité, en plus des 36 heures à l'étage des naissances...

Voir les commentaires