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La petite maison dans la banlieue

Défi lecture/Celles qui écrivent 2/2

10 Septembre 2015, 21:14pm

Publié par lapetitemaison

© C. Vassel

© C. Vassel

Quand Milie, ma presque voisine et néanmoins amie, en septembre ou octobre 2013, m'a parlé de sa sœur et de son voyage incroyable, elle m'a dit : "Ils partent un an vers Jérusalem à vélo et à pieds avec les quatre enfants. C'est des fous, ils ont déjà fait Compostelle avec le dernier qui avait un mois et demi. Va voir son blog". C'est ainsi que j'ai commencé à suivre les aventures de tante Moyü et de sa famille, sur les multiples canaux offerts par Internet, sans jamais l'avoir rencontré en chair et en os. Encore aujourd'hui, je ne l'ai toujours pas rencontrée IRL...

J'ai toujours adoré les récits d'aventures familiales. J'avais dévoré les aventures de la famille Mahuzier, qui avaient traversé l'Afrique (avec sept enfants) dans les années 1950, puis le reste du monde (Australie, Canada, Venezuela) jusqu'à l'URSS. Le Capitaine, lui, s'est spécialisé dans les récits de tour de monde à la voile en famille : "mais regarde, ils ne savaient pas même pas faire un nœud de chaise, ils ont fait un stage aux Glénans, et hop ! Ils ont navigué en père peinard, etc, etc."

Le projet pas si fou de tante Moyü et du vaillant Ulysse son époux est né dans une bouteille de champagne, ou du moins après son ingestion. Étaient-ils vraiment heureux ? Que voulaient-ils vraiment transmettre à leurs enfants ? Des questions que généralement, lecteur lambda, tu finis par noyer dans un énième verre de champagne avant de repartir dans le grand train-train quotidien. Pas eux. Échapper au quotidien, au consumérisme : rien d'autre à faire que partir.

Eux, comme ils sont cathos (d'aucuns diraient pratiquants), leur boussole de voyage s'est aimantée direct sur Jérusalem. Tu me diras, rien de très nouveau sous le soleil pour des disciples du Christ. Alors là, je vous entend déjà soupirer, les lecteurs cathos (et néanmoins peu charitables) : "ouaaaaaaais, mais ça a déjà été fait mille fois, le plan du pélé à Jérusalem". Certes. Avec des enfants, beaucoup moins d'un coup. Semi à vélo et à pieds, à travers la France, l'Italie la Grèce avec un stop en Crète, Chypre, Israël, Liban, Turquie (oui, et un peu de bateau et d'avion), avec un budget de 100 euros par jour... Soit 10 000 kms, la performance reste à applaudir.

Le livre de tante Moyü m'a renvoyé aux grands bonheurs de la randonnée et de l'aventure, beaucoup vécues dans le scoutisme : apprendre le dépouillement (ah les menus objets que l'on oublie/perd au cours du trajet) et à se détacher du matériel, grandir dans la souffrance de la marche (physique et morale, car la marche, renvoie à l'essentiel – donc souvent pas au plus beau) et évidemment dans la Foi. Le tout en famille, avec un moins de deux ans.

Il y a un côté beatnik catho dans ce périple. Qui ne prend pas forcément les routes les plus 3 étoiles au guide vert (cf la traversée de Chypre), qui cherche des hébergements gratuits et se prend quelquefois des portes dans la figure, où les leçons d'humilité viennent des enfants, et du plus petit d'entre eux, Le Dernier, qui est un formidable ambassadeur, dans un hôpital psychiatrique comme dans un train turc où sa blondeur fait merveille. Mais leur route est ponctuée de belles rencontres... Surtout à l'Est de la Méditerranée, il faut bien le dire.

Depuis, quand les enfant sont insupportables à la messe, j'ai une pensée pour Frère stressé, qui accueillit dans un lieu de silence, l'abbaye de Latroun, les enfants-pèlerins (à qui le Saint-Esprit n'était pas encore tombé sur la tête en chemin), qui, évidemment, furent ce soir-là plus insupportable que jamais...

En refermant le livre, il me vient des envies de prendre mon duvet, mon sac à dos, mes vieilles chaussures de marche (qui prennent l'eau mais que je me refuses à jeter, je les a trimballé sur presque tous les continents), de prendre le Capitaine et les enfants par la main et de tracer la route. Pas trop loin, mais un petit bout des chemins de St Jacques, ce serait pas mal.

Quand elle est rentrée, fermant la boucle du pèlerinage là où il avait commencé, à Pellevoisin, Tante Moyü a pris au pied de la lettre l'inscription suivante : "Publie ma gloire". Elle a bien fait.

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