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La petite maison dans la banlieue

Pour solde de tout compte (épisode 2/2)

2 Février 2015, 17:07pm

Publié par lapetitemaison

Pour solde de tout compte (épisode 2/2)

Six mois de bras de fer, c’est long. Et ça en valait la peine ? Oui, mille fois oui. Reprenons au mois de juin 2014. J’ai envoyé ma lettre, Chef ne nous reçoit plus, ma collègue et moi, qu’en présence de son adjointe, histoire d’éviter tout fâcheux débordement. Tout le monde fait comme si ma lettre n’était jamais arrivée, alors que je sais très bien – l’accusé de réception faisant foi – que c’est le cas.

Depuis l’envoi de la lettre, je suis couverte de plaques rouges, urticantes, qui me grattent atrocement. Comme tout cela avait commencé à La Rinissé, j’avais incriminé les araignées, Grand-maman s’était lancée dans une opération Literie propre… Au bout de trois nuits sans sommeil, le verdict du généraliste tombe : c’est un « urticaire chlorinergique d’origine anxiogène ». Une bonne somatisation, le corps qui te dit « stop, j’en peux plus ». Malgré un traitement de cheval , les plaques et les démangeaisons ont continué.

Le 6 juin, j’échoue chez mon médecin traitant. Qui est aussi homéopathe. Puisque les traitements « traditionnels » ne fonctionnaient plus, autant essayer les médecines douces. En 5 minutes, je suis piquée de petites épingles (le docteur B est aussi acupuncteur), j’ai horriblement mal aux pieds (« c’est normal, les fluides sont bloqués dans les pieds ». Ah, bon). Je repars avec un arrêt maladie de quinze jours. Le soir, les plaques sont plus rouges et plus grosses que jamais. Mais le lendemain, plus rien. Je rattrape le sommeil perdu.

Le week-end suivant, nous partons à Avignon et je me retrouve aux urgences pour une grossesse extra-utérine dont j’avais totalement occulté les signes avant-coureurs. Je suis déjà arrêtée, ça tombe bien. Je passe la deuxième semaine de mon arrêt au fond de mon lit, totalement vidée par les effets secondaires du traitement. Toujours pas de réponse à mon courrier. D’après Maître C, pas de réponse tant que je suis en arrêt : pas le choix, je retourne travailler au terme de mon arrêt maladie, en ayant toujours mal au ventre en position assise, malgré les kilos de Spasfon ingurgités.

Lundi, toujours rien. Mardi, idem. Mardi soir, je contacte le DRH pour savoir si une réponse va être apportée à mon courrier, envoyé il y a… un mois. Oui, oui, celui-ci vient d’être posté. Je mets en place un plan d’interception de la fameuse lettre, avec mot sur la boîte aux lettres, procuration et carte d’identité remise à Yvette, notre voisine retraitée. Peine perdue. Vendredi, avant de prendre le train pour aller travailler, je récupère la fameuse lettre à La Poste. C’est un salmigondis de reproches et d’inexactitudes. La guerre est déclarée.

Le même jour, je demande à rencontrer le DRH en présence d’une déléguée du personnel, Claire, qui me suivra tout au long de la procédure. DRH veut bien, mais en présence de Chef, pour que « vous puissiez vous parler, vous êtes comme un vieux couple qui ne sait plus se parler ». Sauf que le contrat de travail n’est pas indissoluble, non ? Je refuse la confrontation, retourne voir le docteur B, écœurée. Celui-ci m’arrête pour un mois. Je renvoie un courrier en prenant de la hauteur – mes difficultés sont sous-estimées, voire niées – et en renvoyant les coordonnées de Maître C. Un mail m’indique que DRH « se réserve le droit de répondre à ce courrier point par point ». Aujourd’hui, j’attends encore la réponse.

Puisque la rupture conventionnelle n’est pas envisageable et que je suis incapable de reprendre mon poste, ma stratégie est d’obtenir une rupture pour inaptitude. C’est plus long – avec notamment un mois « blanc » sans salaire, ni arrêt de travail, ni congés payés – mais c’est la seule façon de ne pas poser une démission. A moins que mon employeur se décide finalement à signer une rupture conventionnelle.

Juillet, août… Je suis en arrêt maladie depuis deux mois. Je ne peux reprendre mon poste sans revoir le médecin du travail. Fin août, je recontacte par mail mon employeur, en demandant quand aura lieu cette visite. Pas de réponse. Le 31 août, j’envoie un mail un peu plus sec, m’étonnant de leur absence de réaction. Je n’ai pas envie d’être considérée en abandon de poste le 1er septembre et ne peut retourner au bureau sans avoir eu cette fameuse visite. « Vous pouvez aussi contacter la médecine du travail vous-même », me glisse Maître C.

Lundi 1er septembre. Je laisse passer la matinée, me disant que mes deux mails ont dû être lus. 14 heures, 15 heures… 16 heures, j’appelle la médecine du travail, exposant mon cas. La secrétaire n’est pas contente, en septembre, c’est le moment des visites d’embauches, l’agenda est très serré. Elle finit par me trouver un rendez-vous le mercredi (ce qui ne m’arrange pas du tout, j’ai les garçons et vais obliger Grand-maman et Gaby à courir la banlieue toute la journée). 17 heures, mail du bureau : il n’y avait personne au service DRH en août, les deux responsables ayant pris leurs vacances en même temps ( !). Je n’ai pas besoin d’eux pour contacter la médecine du travail, je l’ai déjà fait avant l’été (confusion de salariés, ce n’est pas du tout mon cas…) Je suis très angoissée par ce rendez-vous : et si le médecin ne prenait pas au sérieux ? Si elle ne voulait pas me déclarer inapte ?

Mercredi 3 septembre. Le docteur S suit mon employeur depuis des années. Elle connaît très bien les problèmes engendrés par le management brutal de Chef, je ne suis pas la première à m’en plaindre. Elle a d’ailleurs rendez-vous avec Grand Chef ce mois-ci… Elle préfère donc que je prolonge mon arrêt, histoire de lui laisser le temps de voir si une rupture conventionnelle est possible avant de se lancer dans une inaptitude (qui peut lui faire du tort, voire faire perdre le contrat liant son cabinet à mon employeur). Je suis très septique et n’attend rien de cette entrevue. Je retourne voir le docteur B pour être de nouveau arrêtée trois semaines.

Fin septembre, coup de fil du docteur S, le médecin du travail. Elle a finalement rencontré Grand Chef et me demande de renvoyer un courrier « sans griefs, ni émotion » en demandant une rupture conventionnelle. Et me glisse que sinon, il faut que je revienne la voir avec un courrier du docteur B, mon médecin traitant (easy) et d’un psychiatre (moins easy, je n’en connais aucun et n’ai jamais consulté…). Le même jour Maître C a été contactée par l’avocate de mon employeur, soi-disant spécialiste des risques psycho-sociaux : elle a des aménagements de poste à proposer pour que je revienne travailler… Sauf que nous n’en sommes plus là.

En revenant voir le docteur B, début octobre pour un énième prolongement de mon arrêt, celui-ci m’oriente vers le psychiatre du cabinet médical (je n’avais jamais fait attention à la plaque). Je réussis à prendre rendez-vous pour le 15 octobre, le plus tôt possible. En plus, le psychiatre pourra prolonger mes arrêts beaucoup plus facilement que le docteur B, qui, je le sens bien, commence à trouver mon histoire un peu longue. Comme par hasard, l’avocate de mon employeur répond à ma demande de rupture conventionnelle qu’elle « n’a pas été mandatée pour cela ».

Le 15 octobre (un mercredi à midi, ce qui ne m’arrange pas du tout), je rencontre donc le psychiatre. Avec une demi-heure de retard, car par un gros acte manqué, je me suis plantée dans l’heure du rendez-vous. Je réussis à intercepter le docteur dans l’escalier où il raccompagne une patiente. Au bout d’une heure de rendez-vous, pendant laquelle je raconte mon histoire et où nous faisons le point sur le chômage de masse en France, la difficile position du médecin du travail et les cinq profils de chefs fous (quand on arrive au profil du pervers narcissique, je m’écrie : « mais c’est exactement ça ! »), le psychiatre accepte de me faire le courrier.

« Ce qui serait une névrose, c’est de dire que ça ne va pas au boulot et d’y rester sans essayer de changer la situation ». Me voilà rassurée. Il prolonge mon arrêt de quinze jours, histoire de couvrir les vacances de la Toussaint. J’informe le DRH que mon arrêt se termine le 31 octobre et que je dois revoir le médecin du travail avant de reprendre mon poste. Cette fois-ci, une visite est prestement organisée le 4 novembre.

Début novembre donc, je revois le médecin du travail. J’ai dans mon sac la lettre du docteur B, mon médecin traitant, et vraisemblablement, celle du psychiatre est déjà arrivée rue de Vaugirard. En fait, non, le courrier s’est perdu. Je ressors quand même inapte en premier avis, mais doit impérativement revenir avec le courrier pour le deuxième avis, dans quinze jours. Après avoir harcelé la secrétaire du docteur (tout en se disant qu’elle doit avoir l’habitude), je récupère la fameuse lettre, que je couve dans mon sac à main pendant une semaine. Je pose quinze jours de congé : le docteur B n’en peut plus de m’arrêter, et je trouve aussi que cela suffit. Maître C n’est pas contente, les congés payés ne servent pas à ça.

Le 20 novembre, alors que je fermais la porte de la maison pour me rendre au deuxième rendez-vous avec le médecin du travail, coup de fil de Maître C, qui venait d’être contactée par l’avocate de mon employeur. Celui-ci envisagerait finalement d’opter pour une rupture conventionnelle. À une heure du rendez-vous avec la médecine du travail ?!? Ne serait-ce pas un énorme foutage de gueule ? « Tout à fait, me répond Maître C. Faisons comme si ce coup de fil n’avait jamais eu lieu, je n’ai pas eu le temps de vous joindre ». Dont acte. À la médecine du travail, le docteur S est furieuse : visiblement, elle avait obtenu gain de cause lors de la visite de mon poste, pendant les quinze jours entre les deux visites. Je présente le courrier du docteur C (visiblement assez salé, d’après sa tête), et je ressors enfin inapte au poste.

À partir de là, je suis donc dans une situation « limbesque » pendant un mois. Durant ce laps de temps, mon employeur est censé me faire des propositions de poste et me licencier. Sinon, à partir du 21 décembre, mon salaire me sera de nouveau versé sans que je sois à mon poste. Fin novembre, première, deuxième semaine de décembre. Aucune nouvelle du bureau.

Début de la troisième semaine : je contacte Claire, la déléguée du personnel, en lui signalant qu’il reste sept jours ouvrés à mon employeur pour me faire des propositions de poste. « Tu n’es pas la priorité de Grand Chef ». J’avais remarqué… Mail en fin de semaine du DRH : il a des propositions de poste, mais il veut me les présenter de vive voix. Maître C craint un traquenard, une confrontation avec Chef, une démission forcée. J’essaie d’obtenir les propositions par écrit, peine perdue.

J’accepte le rendez-vous, épaulée par Claire, et en me disant que cela fera un peu avancer les choses. Je sais, par mes sources internes, qu’il n’y a aucun poste équivalent au mien de disponible, en ce moment, il y a plutôt des restructurations de service. Je me demande bien ce que le DRH va pouvoir sortir de son chapeau magique. Je ne suis pas déçue. J’ai le choix entre… mon poste avec 25 à 30 % en télétravail ou un contrat de professionnalisation au service des abonnements, payée au Smic. Tout cela aurait pu être mis par écrit. Je suis au regret de décliner ces propositions par courrier avec accusé de réception le 18 décembre. La semaine suivante, nous partons pour passer Noël en Suisse. Le 21 décembre, mon contrat reprend (et mon salaire avec), je n’ai toujours pas été licenciée. De retour de Suisse, je trouve une convocation à un entretien préalable de licenciement.

Le 5 janvier, toujours en compagnie de Claire, nous constatons tous les trois qu’une des propositions a été retoquée par le médecin du travail (le même poste en télétravail) et que j’ai décliné le contrat de professionnalisation au service des abonnements. Je suis donc licenciée par inaptitude, en ayant perdu du temps, mais sans être imposée sur mes indemnités comme cela aurait été le cas pour une rupture conventionnelle.

Le temps de récupérer mon solde de tout compte, de refaire faire l’attestation Pôle emploi (mille mercis à Maître C sans qui je n’aurais jamais tenu le coup et qui a tenu à relire tous les papiers de rupture de contrat) et de vider mon bureau – en l’absence de Chef, mais ses adjointes n’ont pas jugé nécessaire de se lever pour me serrer la main et me raccompagner, ce qui m’a confortée dans ma décision de quitter cet endroit… Le mois de janvier est passé.

Aujourd’hui, une charmante conseillère de Pôle emploi a validé mon inscription, en me rappelant que je devais être disponible pour les rendez-vous, signaler tout changement de situation dans les 72 heures et être en recherche active. Il manque encore deux ou trois papiers, j’ai couru après tous mes relevés d’indemnités journalières avec cette impression d’être Gérard Depardieu dans Mammouth. L’année nouvelle peut enfin commencer.

Commenter cet article

Jean-Charles Prévost 02/02/2015 22:55

C'est vraiment assez nul de leur part de t'avoir fait lanterner comme ça ; quand aux propositions de reclassement !!!... on a l'impression d'être au goulag !

Grandmaman 02/02/2015 21:51

Au moins nos impôts vont servir à quelUe chose

jb 02/02/2015 19:52

j'ai du m'y reprendre à 3 fois tellement c'est compliqué!

a toi les joies de pole emploi!